Bien qu’abondamment consommé, le café est classiquement perçu comme un agent arythmogène, à éviter chez certains patients, notamment atteints de fibrillation atriale (FA).
Cependant, cette croyance s’avère peu fondée, voire erronée. C’est en tout cas ce que tend à suggérer la littérature depuis quelques années. Ainsi, en 2021, l’étude Crave, qui s’était penchée sur les effets notamment cardiaques de la caféine chez une centaine de patients, n’avait pas retrouvé d’association entre consommation de café et risque d’arythmie. Mais restait à s’assurer de la sécurité de la boisson chez les personnes atteintes de FA dans un véritable essai contrôlé randomisé. C’était l’objet d’une étude publiée en novembre dans le Journal of the American Medical Association (1).
40 % moins de récidives de FA après cardioversion avec une tasse par jour
200 adultes américains, canadiens ou australiens amateurs de café qui devaient par ailleurs bénéficier d’une cardioversion électrique, du fait d’une FA persistante, ou d’un flutter doublé d’antécédents de FA ont été recrutés. Ces patients, dont 71 % d’hommes de 69 ans d’âge moyen, qui rapportaient consommer globalement 7 tasses de café par semaine, ont été randomisés en deux groupes.
Dans le premier, les participants étaient encouragés à boire pendant six mois au moins une tasse de café (caféiné) par jour. Alors que, dans le deuxième, l’abstinence était de mise, et le café, caféiné comme décaféiné, proscrit, de même que tout produit caféiné.
Résultat : la consommation de café n’était pas associée à des effets délétères cardiaques chez ces patients atteints de FA après cardioversion. Au contraire, selon l’étude, les participants qui ont consommé à peu près une tasse de café par jour ont manifesté moins de récurrence de fibrillation atriale ou de flutter atrial, comparés à ceux du groupe abstinence : seuls 47 % des patients du bras café ont récidivé, contre 64 % des abstinents. Soit un risque de récidive presque 40 % moindre chez les buveurs de café.
De quoi cesser de contre-indiquer le café aux patients atteints de FA. Du moins, à la dose d’une tasse par jour, adoptée par les participants de l’étude, qui reste inférieure à celle consommée globalement dans l’Hexagone. En effet, selon une enquête d’Ipsos et Nescafé d’avril 2024, plus de la moitié des Français boiraient en moyenne trois tasses de café par jour. Reste donc à confirmer l’effet d’un tel niveau de consommation, plus usuel, en cas de FA.
Un nouveau biomarqueur du vin
Autre boisson controversée dans ses effets cardiovasculaires en particulier en France : le vin. Jusqu’à présent, certaines études suggéraient qu’une consommation modérée (« souvent définie comme un verre par jour, préférentiellement pendant un repas », rappelle un éditorial de l’European Heart Journal) pourrait s’accompagner d’une réduction de la mortalité toutes causes et de la mortalité cardiovasculaire, tandis que d’autres ne retrouvaient pas cet effet protecteur. Quoi qu’il en soit, le niveau de ces preuves restait faible, en lien avec le caractère observationnel de la plupart des études, et surtout avec l’estimation, dans tous ces travaux, de la consommation de vin des participants par autodéclaration, potentiellement inexacte et très sous-estimée.
Les auteurs de l’étude Predimed (2), centrée sur les effets cardiovasculaires du régime méditerranéen, ont voulu réestimer ces effets, mais cette fois en recourant à un nouveau biomarqueur de la consommation de vin a priori plus objectif : l’acide tartrique urinaire, un métabolite dérivé du raisin et ainsi du vin (3).
1 232 participants à l’étude Predimed ont été recrutés dans une investigation cas-cohorte, dont 685 cas incidents de maladie cardiovasculaire. Ils ont déclaré leur consommation de vin, ce qui était doublé d’une mesure de leur taux d’acide tartrique urinaire, à l’inclusion, puis un an après l’étude.
Une morbidité cardiovasculaire moitié moindre avec trois à huit verres par semaine
Résultats, des taux d’acide tartrique urinaires associés à des consommations de vin faibles à modérées se sont bien révélés associés à un plus faible risque de morbidité cardiovasculaire. Des concentrations d’acide tartrique (initiales) de 3 à 12 et de 12 à 35 μg/mL, qui correspondent à environ 3 à 12 et 12 à 35 verres de vin par mois, étaient associées à un risque de maladie cardiovasculaire plus faible : HR = 0,62 et HR = 0,50 [0,27 ; 0,95], respectivement, par rapport à l’abstinence complète. Ces associations n’étaient plus retrouvées, ou, du moins, avec un degré de significativité moindre, en se fondant uniquement sur les consommations autodéclarées par les participants.
À noter qu’au-delà de ces niveaux d’acide tartrique urinaire, et donc en cas de consommation de vin plus importante, aucun effet protecteur cardiovasculaire n’était plus observé.
Si ces résultats peuvent apporter encore un peu plus de grain à moudre aux débats des amateurs de vin, le principal apport de cette étude est sans doute principalement méthodologique. Car en pratique, cette étude ne peut pas à elle seule justifier la consommation de vin, en lien avec de très nombreux effets délétères de l’alcool, notamment à long terme, recensés bien au-delà de la seule sphère cardiovasculaire. Par exemple, une récente étude du BMJ Evidence-Based Medicine (4) confirmait une causalité entre alcool et surrisque de démence. Et ce, quel que soit le niveau de consommation alcoolique : autrement dit, dès le premier verre.
(1) Christopher X. Wong, Christopher C. Cheung, Gabrielle Montenegro, et al. Caffeinated Coffee Consumption or Abstinence to Reduce Atrial Fibrillation : The DECAF Randomized Clinical Trial. JAMA. Published Online: November 9, 2025
(2) Inés Domínguez-López, Rosa M Lamuela-Raventós, Cristina Razquin, et al. Urinary tartaric acid as a biomarker of wine consumption and cardiovascular risk: the PREDIMED trial. European Heart Journal, Volume 46, Issue 2, 7 January 2025, Pages 161–172
(3) Giovanni de Gaetano, Simona Costanzo, Augusto Di Castelnuovo. Wine consumption and cardiovascular health: the unresolved French paradox and the promise of objective biomarkers. European Heart Journal, Volume 46, Issue 2, 7 January 2025, Pages 173–175
(4) Topiwala A, Levey DF, Zhou H, et al. Alcohol use and risk of dementia in diverse populations: evidence from cohort, case–control and Mendelian randomisation approaches BMJ Evidence-Based Medicine Published Online First: 23 September 2025
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