Les arbovirus (virus transmis par des arthropodes hématophages tels que les moustiques) se diffusent dans le monde. C’est le cas de l’infection au virus de la dengue, véhiculée par les moustiques du genre Aedes et qualifiée de réémergente par l’Institut Pasteur, au regard de l’augmentation significative de son incidence. « Environ la moitié de la population mondiale est aujourd’hui exposée au risque de dengue », insiste l’Organisation mondiale de la Santé.
Progression de la dengue à l’heure du réchauffement climatique
Si les pays européens sont longtemps restés épargnés par cette maladie d’origine tropicale ou subtropicale, le vieux continent tend à être de plus en plus touché, du fait du réchauffement climatique. En témoignent les cas déclarés au Centre européen de la prévention et du contrôle des maladies (ECDC) par divers pays membres de l’UE comme l’Italie, le Portugal ou encore la France. Dans l’Hexagone, des records historiques de prévalence avaient été enregistrés l’an dernier par Santé publique France, avec 4 694 cas importés et plus de 80 cas autochtones au 17 décembre 2024.
L’infection peut donner lieu à des formes graves, certaines personnes développant des tableaux cliniques sévères hémorragiques et/ou syndrome de choc, qui peut être mortel. Les cas moins graves, associant une fièvre à des céphalées, nausées et vomissements, évoluant favorablement en deux à sept jours, sont bien plus fréquents. Mais ils pourraient en fait exposer à des complications peu anodines, notamment cardiovasculaires. C’est ce que suggèrent plusieurs articles, toutefois de faible puissance ; les complications cardiovasculaires de la dengue restent globalement méconnues.
Trois fois plus de Mace et 18 fois plus de cas d’arythmie après l’infection
Une équipe singapourienne a voulu préciser la morbimortalité cardiovasculaire associée à la dengue. Pour ce faire, les chercheurs se sont penchés sur les données de santé de 65 207 adultes infectés entre 2017 et 2023 et de plus d’un 1,6 million de sujets contrôle non infectés, issues de diverses bases de données nationales (1). Le critère retenu était la survenue d’évènements cardiovasculaires dans les 30 jours suivant l’infection.
Résultats, l’infection aiguë était bien associée à un surrisque d’évènements cardiovasculaires dans les 30 jours suivant la contamination. Par rapport aux témoins non infectés, ceux qui avaient subi l’infection présentaient des ratios de risque ajustés de ORa = 10,63 pour l’ensemble des événements cardiovasculaires, de ORa = 2,92 pour les évènements majeurs (Mace), de ORa = 18,44 concernant les arythmies, et de ORa = 3 pour ce qui est de développer une cardiopathie ischémique.
Et ce surrisque se confirmait non seulement chez les sujets hospitalisés, mais aussi chez ceux simplement suivis en ambulatoire. Le tout, quel que soit le sérotype viral impliqué, et quel que soit le statut immunitaire des individus (séropositifs à la dengue ou non).
Des séniors particulièrement vulnérables
Cependant, en pratique, le nombre de cas restait modeste, de l’ordre d’un évènement en excès pour 100 cas. Du moins, chez les adultes jeunes et sans antécédents cardiovasculaires. Car, chez les personnes de 60 ans, ce chiffre peut atteindre 25 évènements cardiovasculaires en excès pour 100 cas. Les auteurs recommandent par conséquent de surveiller la santé cardiovasculaire des personnes âgées récemment infectées par le virus de la dengue.
Rappelons qu’en France, la vaccination contre la dengue par le vaccin Qdenga est recommandée depuis ce printemps dans les Drom (Antilles, Guyane, Mayotte, La Réunion), mais seulement chez les 6-16 ans en cas d’infection antérieure à la dengue, et chez les sujets âgés de 17 à 60 ans présentant des comorbidités ; les séniors ne sont pour le moment pas ciblés par cette vaccination.
(1) Liang En Wee, Wei Zhi Tan, Jo Yi Chow et al. Cardiovascular complications in acute dengue infection: a population-based cohort study. The Lancet Regional Health Western Pacific. 2025 Oct 16:64:101713
Dr Vincent Pradeau (Avenir Spé) : « Les spécialistes libéraux sont mobilisés et remontés comme jamais ! »
Un Pots encore mal connu
Marfan et enceinte
PID de la sclérodermie systémique