En matière d’effet de l’alimentation sur la santé cardiovasculaire, la littérature apparaît congruente : les régimes bien équilibrés riches en aliments d’origine végétale sont associés à un risque cardiovasculaire moindre que les régimes plus riches en viandes. « Si bien que de plus en plus de recommandations diététiques nationales européennes (…) préconisent des régimes riches en aliments d’origine végétale », à savoir des fruits, légumes, légumineuses et céréales complètes, rappellent les auteurs d’une étude sur l’ultra-transformation végétale (1).
Cependant, toutes les alimentations végétales ne se valent certainement pas. Et ce, en lien avec qualité nutritionnelle (relative à leur teneur en glucides, fibres, lipides, minéraux, etc.), et le degré de transformation industrielle variable des produits. Or les aliments ultratransformés – appartenant au groupe 4 de la classification Nova, définis, selon l’Inrae, comme « ayant subi d’importants procédés de transformation biologiques, chimiques, physiques ou dont la formulation contient certains additifs alimentaires non nécessaires à la sécurité sanitaire du produit ou certaines substances industrielles de type huiles hydrogénées, sirop de glucose/fructose, protéines hydrolysées, sucre inverti, etc. » - sont de plus en plus pointés pour leur effet délétère sur la santé cardiovasculaire.
Qualifier les aliments
Problème : les données manquent concernant les effets cardiovasculaires d’une alimentation, certes riche en produits végétaux, mais de mauvaise qualité nutritionnelle ou riche en produits ultratransformés, par exemple « incluant une forte proportion de plats cuisinés tels que des soupes de légumes en conserve ou du pain complet emballé industriellement avec des additifs, et une faible proportion d’aliments peu ou pas transformés », illustrent les chercheurs. Seules deux études se sont penchées sur l’effet cardiovasculaire d’un régime riche en produits d’origine végétale mais de mauvaise qualité ou ultratransformés ; et encore, ces paramètres n’étaient pas « intégrés au sein d’un même indicateur », d’où des analyses statistiques complexes, difficiles à interpréter.
Pour combler cette lacune et aller, comme l’explique l’Inrae par communiqué, « au-delà de la distinction entre origine végétale ou animale d’un aliment, en intégrant (véritablement) la qualité nutritionnelle, mais aussi le degré de transformation des aliments », l’équipe de l’Inrae, de l’Inserm, de la Sorbonne Université et de la Cnam a choisi de se repencher sur la question en élaborant préalablement de nouveaux indicateurs permettant d’évaluer plus facilement la qualité nutritionnelle des aliments (« sains ou non »), le niveau de limitation de prise d’aliments d’origine animale, « le niveau de transformation » des aliments (ultratransformé ou non transformé), et le risque cardiovasculaire (1).
En pratique, les auteurs ont eu recours à la cohorte française prospective NutriNet-Santé. 63 835 participants ont été inclus, dont 76 % de femmes de 51 ans d’âge moyen, suivies pendant une durée médiane de 9 ans, ayant renseigné via des questionnaires en ligne leurs apports alimentaires (aliments et boissons consommés sur au moins trois journées). « Ce recueil détaillé permet de distinguer trois types d’alimentation, en comparant la part des produits végétaux face à celle des produits animaux, et en considérant leur qualité nutritionnelle, mais aussi leur niveau de transformation industrielle », précise l’Inrae.
44 % de coronaropathies en moins
Conclusion, l’équilibre alimentaire entre produits d’origine végétale et produits d’origine animale n’est en effet pas seul à peser sur la santé cardiovasculaire : la qualité nutritionnelle et le degré de transformation des aliments consommés comptent bien tout autant. Car, dans l’étude, l’incidence des maladies cardiovasculaires était un tiers plus basse parmi les personnes qui avaient une alimentation riche en produits végétaux, de bonne qualité nutritionnelle (pauvre en lipides, sucre et sel) et pas ou peu transformés industriellement, par rapport aux participants qui avaient une alimentation plus pauvre en ces produits végétaux, et plus riche en produits animaux. Dans le même esprit, le risque de maladie coronaire était 44 % plus bas parmi les participants qui avaient l’alimentation la plus riche en produits végétaux, de bonne qualité et peu transformés.
Au contraire, une alimentation majoritairement végétale mais de moindre qualité nutritionnelle et ultra-transformée (incluant des chips, boissons sucrées à base de fruits ou sodas d’extraits végétaux, produits sucrés chocolatés ou confiseries, céréales du petit déjeuner sucrées, biscuits salés, etc.), se révélait liée à un surrisque de 38 % de maladie cardiovasculaire. Dans ce sous-groupe, l’incidence de la maladie coronarienne était 46 % plus élevée. « Il s’agissait de l’association la plus forte observée dans notre étude », indiquent les auteurs.
Impact équivalent
Mais vaut-il mieux prioriser qualité nutritionnelle, ou moindre degré de transformation industrielle ? A priori, les deux. Car entre les participants qui avaient régime végétal de bonne qualité nutritionnelle mais riche en aliments ultratransformés (pains complets industriels, soupes du commerce, plats préparés à base de pâtes ou salades assaisonnées du commerce) et ceux qui avaient un régime de moindre qualité nutritionnelle mais pauvre en aliments ultratransformés, aucune différence significative n’était notée en termes d’incidence des maladies cardiovasculaires.
Quoi qu’il en soit, selon l’Inrae, cette étude apporte « de nouveaux arguments afin d’encourager les politiques publiques en nutrition et santé à promouvoir des aliments végétaux qui soient à la fois de bonne qualité nutritionnelle et peu ou pas transformés (fruits et légumes frais, surgelés ou en conserves de bonne qualité, par exemple sans ajout de lipides, sel, sucre et additifs) ».
(1) Clémentine Prioux et al. The Lancet regional health Europe. Online first. 101470.
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