Le virome sanguin est différent chez les patients ayant une maladie de Crohn, montre une étude Inrae/Sorbonne Université/AP-HP. Les chercheurs y démontrent pour la première fois l’existence d’un virome sanguin, qui est une réalité biologique même chez les sujets sains et se compose en majorité de bactériophages.
Si le microbiote intestinal était déjà connu pour être différent dans la maladie de Crohn, il est difficile d’identifier une signature virale propre à la pathologie, en raison du haut niveau de variabilité interindividuelle du virome intestinal. C’est pourquoi les chercheurs se sont concentrés sur le virome sanguin, bien moins diversifié. Ils ont posé l’hypothèse d’une altération de la présence des virus dans le sang du fait du dysfonctionnement de la barrière intestinale et de l’état inflammatoire global. Leurs résultats sont publiés dans la revue Gastroenterology.
Des bactériophages infectant Acinetobacter seulement chez les sujets sains
En comparant des échantillons sanguins de 15 patients atteints de la maladie de Crohn et de 14 sujets sains, les chercheurs ont identifié un virome sanguin. Il est de petite taille dans les deux groupes : environ 100 000 virus par ml de plasma, loin du milliard de virus par gramme de fèces retrouvés dans le virome intestinal. C’est dans sa composition qu’il diffère entre les deux groupes. Même si les bactériophages dominent dans les deux groupes (avec environ 150 espèces différentes par individu), ce ne sont pas les mêmes qui sont présents dans la maladie de Crohn.
Plus précisément, de nombreux bactériophages infectant les bactéries du genre Acinetobacter sont retrouvés en population générale mais sous-représentés chez les patients avec une maladie de Crohn. Chez ces derniers, c’est toute une palette de phages infectant des bactéries typiques du microbiote intestinal qui circulent dans le sang. Une présence possiblement due à la perméabilité de la paroi intestinale, qui facilite la translocation des phages intestinaux au sang.
D’après les auteurs de l’étude, cela pourrait faire du virome sanguin un biomarqueur de la maladie de Crohn. Il faudra toutefois consolider ces résultats avec des cohortes plus larges et comparer plus précisément les viromes des patients avec un Crohn en phase de rémission et en poussée inflammatoire.
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