Les patients suivant une cure thermale pourraient être exposés à un risque infectieux mal surveillé, selon un avis du Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Ce sont surtout les boues dérivées des eaux naturelles que l’instance scientifique incrimine. Celles-ci sont incluses dans le traitement d’au moins 60 % des curistes avec 9 ou 18 applications selon la prescription du médecin thermal. Plus de 300 000 patients seraient concernés au cours des trois à six millions de traitements de boues administrés individuellement par an.
Or la surveillance de la qualité de ces boues n’est pas normée, ni réglementée. Le guide des bonnes pratiques thermales, rédigé par la profession avec la collaboration de la Direction générale de la santé (DGS), n’est appliqué que sur la base du volontariat, comme le guide des bonnes pratiques des soins hydrothermaux proposé par le Syndicat français des médecins thermaux (SFMTh). Il n’existe pas non plus de dispositif de vigilance thermale.
Des taux de conformités élevés, mais des contrôles non obligatoires
Selon le bilan de la DGS pour la période 2015-2017, le taux de conformité moyen des analyses réalisées dans le cadre du contrôle sanitaire était de 98 % ; quelque 29 établissements ont été mis en demeure, cinq ont dû être fermés.
Mais les contrôles manquent d’exhaustivité selon l’avis du HCSP : « Les boues ne font pas l’objet d’analyses systématiques de leur qualité, peut-on lire dans le rapport. La nature des argiles utilisées, les modalités de confection (extemporanées, avec maturation…), d’application (péloïdes, cataplasmes…), de conservation (usage unique, individuelle, collective), d’hygiénisation (thermique, chimique…), de recyclage sont multiples, et ne sont pas suffisamment identifiées, accessibles, portées à la connaissance des autorités et du public. »
Seuls les 21 établissements engagés dans une démarche de certification Aquacert, basée sur le guide des bonnes pratiques, sont soumis à des contrôles microbiologiques systématiques. Les pathogènes recherchés sont des Legionella sp, Legionella pneumophila, E. coli, staphylocoques, Pseudomonas aeruginosa et entérocoques. Si ces établissements présentent un taux élevé de conformité des prélèvements à la ressource comme au point d’usage, le HCSP constate une diminution de la part des structures présentant un taux de conformité de 100 % annuel. En 2025, 10 cas de légionellose chez des personnes ayant fréquenté une station thermale ont été recensés par Santé public France, un nombre relativement stable depuis des années (entre 8 et 18 depuis 2021). Le HCSP recommande la mise en place de nouvelles normes plus rigoureuses pour des tests de conformités.
Les effets indésirables peu évalués
Par ailleurs, les études réalisées sur les effets indésirables (EI) liés aux cures thermales sont « hétérogènes dans leurs méthodes et leurs populations », et « n’ont pas permis à ce jour d’apporter des conclusions probantes », insiste le HCSP. Selon une étude portant sur 33 essais randomisés, les effets indésirables conduisent à l’arrêt de la cure dans 2,8 % des cas pour ce qui concerne les patients traités pour lombalgie chronique. Le traitement thermal pouvait être incriminé dans 2 % des cas. Dans la gonarthrose, les rares essais informatifs concluent à un arrêt de cure en lien avec un EI dans 0,5 % des cas, dont 0,35 % lié au traitement.
« Ces études fournissent des renseignements intéressants, mais elles sont le reflet de traitements thermaux qui peuvent être sensiblement différents en durée comme en nature des soins », analysent les auteurs. La survenue d’EI au décours de cures thermales n’est pas suffisamment établie sur le plan épidémiologique pour pouvoir déterminer sérieusement le bénéfice-risque des cures thermales. Aussi le HCSP plaide-t-il pour la mise en place d’une vigilance organisée sur le plan national, aussi exhaustive que possible.
Un protocole à formaliser pour contrôler le risque de toxicité
Les experts du HCSP se sont enfin penchés sur la question des produits utilisés pour purifier et désinfecter les eaux minérales naturelles, certains pouvant générer des substances cancérogènes pour l’être humain, d’autres étant considérés comme cytotoxiques et génotoxiques. Tous ces produits peuvent être contrôlés, mais il n’existe pas de protocole formalisé à suivre en cas de dépassement des seuils.
Les 110 établissements thermaux existants (dans 90 stations) délivrent des soins remboursés par la Sécurité sociale mais ils n’ont pas le statut d’établissement de santé. Chacun est autorisé par le ministère en charge de la santé, après avis de l’Académie nationale de médecine (ANM), pour une ou plusieurs des douze orientations thérapeutiques reconnues.
Au cours des débats sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, le gouvernement avait proposé comme piste d’économie (estimée à 200 millions d’euros) une diminution de la prise en charge des cures, de 100 % à 65 % pour les patients en ALD et de 65 % à 15 % pour les autres patients. Rejetée par les députés, cette mesure ne figure pas dans la version publiée le 30 décembre au Journal Officiel, mais l’hypothèse d’un futur déremboursement, qui pourrait être acté par simple décret, n’est pas totalement exclue.
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