Les députés ont voté le budget pour la Sécurité sociale, et au décours de leur prise de position ont mis en avant différentes contraintes que devront observer les médecins du secteur libéral (ce sont ceux qui sont le plus touchés par les économies à réaliser)*.
Il est révoltant de constater que ces chers représentants du peuple prennent des décisions sans réellement connaître le terrain. Ils veulent donner une certaine image à nos compatriotes, et ont réussi depuis quelques mois à nous donner une vision pas très satisfaisante de leurs actions.
Le serpent de mer des arrêts de travail
Depuis de nombreuses années on discute de la manière de réduire le nombre d’arrêts de travail qui sont une des causes du déficit de l’Assurance-maladie. De ce fait il a été décidé de sanctionner sévèrement les trop gros prescripteurs, cela dès le début janvier 2026. Nos politiques sont partis du principe que l’envolée des prestations concernant ce poste est en relation avec du copinage, et une mauvaise prise de conscience des réalités par des médecins appâtés par l’argent. De ce fait, et après avoir établi des règles statistiques, certains confrères sont convoqués pour se voir signifier la sanction qui ne peut être contestée : une mise sous objectif.
On oublie trop souvent que le médecin est souvent dans une position délicate du fait de conflits avec l’employeur, ou de problèmes familiaux parfois très complexes. Par voie de conséquence, il est difficile pour le praticien de terrain de ne pas être insensible à ces situations. On peut rétorquer que tous les médecins sont confrontés à cet état de fait, et la plupart ne sont pas convoqués car ils ne sont pas des acteurs « actifs » du délit statistique.
Oui mais chaque patientèle est différente, et dépend de plusieurs éléments : la personnalité du médecin qui est dans certains cas à l’écoute des patients et prend en compte les doléances de ces derniers avec plus de compassion, le lieu géographique d’exercice (le médecin qui travaille dans une zone sinistrée économiquement a plus de difficultés à refuser un arrêt de travail faisant suite à des problèmes économiques).
Bref on tente toujours d’avoir des règlements administratifs à des situations qui nécessitent plus de recul.
Il existe un levier qui permet plus facilement aux politiques de réduire drastiquement les arrêts de travail : une moins importante indemnisation. Malheureusement cette option n’est pas acceptée car elle a des chances de ne pas séduire l’électorat.
Il y a quelques jours de cela un agent de la sécurité sociale m’a averti du retard dans l’envoi des feuilles d’arrêt de travail (il faut théoriquement attendre douze semaines avant de répondre à une demande formulée par un médecin). Les CPAM utilisent-elles ce prétexte pour favoriser une réduction du nombre des arrêts de travail, ou font-elles le nécessaire pour faire pencher la balance vers le tout dématérialisation ?
Toujours est-il que j’ai profité de cet appel pour poser la question de l’arrêt de travail postdaté si le médecin prenant uniquement sur rendez-vous ne peut consulter le patient que quatre jours après son arrêt. La réponse a été très claire : « il est impossible de faire un arrêt par dématérialisation dans ce cas. Par contre le patient peut demander une téléconsultation qui réglera le problème rapidement ». Autrement dit il est possible de demander à une boîte de téléconsultation de régler les problèmes d’arrêt de travail.
Marche-t-on sur la tête avec de tels propos ?
Alimenter le poste du DMP sous peine de sanction
Cette nouvelle forme de diktat avait pour but d’obliger les médecins à remplir un dossier informatique. Outre le fait que cette démarche est assez chronophage, qu’elle ne soit pas rémunérée, l’absence d’adhésion était susceptible de conduire à des amendes salées en 2028. Mais nous oublions que nous avons pour une fois été comblés par le Conseil constitutionnel qui a invalidé cette pratique.
Sans oublier les autres projets funestes pour la médecine libérale
De nombreuses spécialités vont devoir « s’adapter » au fait que les remboursements de certains actes seront réduits pour éviter de majorer le déficit de l’Assurance maladie. Autrement dit on va réduire le remboursement de certains actes en fonction des humeurs de Mme La Caisse, cela sans se soucier du pouvoir d’achat des médecins concernés. Pourquoi dans ce cas ne pas également réduire le salaire du directeur de la Cnam, car après tout cette manne financière serait le premier pas vers la voie d’une normalisation de la dette abyssale de l’Assurance-maladie ?
Tout aussi perturbant est la prise de décision en ce qui concerne les médecins de secteur 3. Pour mieux les sanctionner les députés ont décidé de ne plus rembourser les prescriptions pharmaceutiques, tout comme les bilans biologiques effectués. On oublie un peu trop facilement que les patients qui mettent la main au portefeuille sont aussi des assurés sociaux, et à ce titre ils cotisent pour que ces frais puissent être pris en charge au même titre que les autres citoyens. Ce qui est quelque peu curieux, c’est de voir qu’il existe une discrimination à ce titre.
Au final notre ministre de tutelle, qui soutient pleinement les réformes proposées, ne connaît pas suffisamment la médecine libérale. Elle tente avec un certain retard, et une importante maladresse, de désamorcer le conflit à l’origine de la grève du 5 janvier, mais elle oublie qu’il est fondamental d’être à l’écoute de la base. Ce n’est pas en restant dans son bureau qu’elle pourra appréhender de manière satisfaisante les problèmes de notre système de santé.
Pour finir 2026 sera je l’espère une bonne année pour les médecins libéraux (je le souhaite ardemment).
Espérons que nos politiques quelle que soit leur confession prendront en compte les réalités du terrain plutôt que de se polariser sur une vision de bureaucrate pas nécessairement juste.
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