Les analogues du GLP-1 sont aujourd’hui présentés comme une avancée majeure dans la lutte contre l’obésité. Médias, institutions, experts et autorités sanitaires convergent vers un même discours : ces médicaments seraient une réponse efficace, moderne et scientifiquement validée à un problème de santé publique majeur.
Mais une question essentielle demeure, et mérite d’être posée clairement : sommes-nous en train de traiter l’obésité… Ou simplement d’en masquer les effets ?
Une validation institutionnelle massive… et troublante
Un rapport de 230 pages, rédigé par d’éminents spécialistes sous l’égide du Groupe de concertation et de coordination des Centres spécialisés de l’obésité (GCC-CSO), avec la participation de la Haute Autorité de santé (HAS), de la CPAM et de Santé publique France, valide l’utilisation des analogues du GLP-1 dans l’indication obésité sévère, après échec d’une prise en charge nutritionnelle et comportementale. Le cadre est posé, les précautions sont rappelées, les mots sont rassurants. Et pourtant, un malaise persiste.
Comment expliquer que toutes ces instances, tous ces experts, tous ces comités, parviennent à une conclusion quasi unanime, sans qu’une interrogation fondamentale ne semble émerger ?
Une question simple… mais soigneusement évitée
Voici cette question : peut-on réellement résoudre un problème à dominante comportementale par un traitement médicamenteux, sans exiger une transformation durable des comportements alimentaires ?
Car enfin, dans la grande majorité des cas, l’obésité n’est pas la conséquence d’une maladie hormonale rare, d’un trouble génétique identifié ou d’un dysfonctionnement métabolique avéré. Elle est le résultat d’habitudes alimentaires inadaptées, répétées, installées dans le temps. Chacun le sait pertinemment, mais tout le monde semble feindre de l’ignorer. Or, supprimer les kilos sans modifier les comportements, c’est accepter implicitement que le problème de fond ne soit pas traité.
Une illusion thérapeutique dangereuse
Oui, ces médicaments font perdre du poids. Oui, ils améliorent certains paramètres métaboliques. Mais que se passe-t-il à l’arrêt du traitement ? La réponse est connue : la reprise pondérale est fréquente, parfois massive et rapide, précisément parce que le déterminant principal — le comportement alimentaire — n’a pas été corrigé.
Alors, peut-on raisonnablement espérer enrayer l’obésité en France et dans le monde en se contentant de « retirer » des kilos, comme on allégerait le coffre d’un véhicule trop chargé ? Les êtres humains ne sont pas des machines.
Leur rapport à l’alimentation est d’ordre psychologique, avant tout émotionnel, social et culturel. Et, n’oublions pas la dimension sociétale ; les courbes de surpoids et d’obésité ne sont en croissance quasi exponentielles, partout dans le monde, que depuis une soixantaine d’années.
De faux espoirs pour des millions de personnes
En élargissant progressivement les indications — jusqu’à des IMC de 27 avec comorbidités — ne risque-t-on pas de faire croire à des millions de personnes qu’un médicament remplacera l’effort, la compréhension de soi, la restructuration des habitudes et le travail de fond ? Ne sommes-nous pas en train de médicaliser un problème de société, faute de vouloir en affronter les causes profondes ? À force d’être assisté dans une foultitude de ses actes, l’être humain n’est-il donc plus en mesure de mobiliser sa volonté pour modifier certains de ses comportements ?
Une bombe économique sous-estimée
La question financière, elle aussi, est largement édulcorée. Dans un pays où l’Assurance-maladie est structurellement déficitaire, a-t-on sérieusement mesuré les conséquences d’un remboursement rapidement substantiel… Et qui, dans le futur, risquerait de s’amplifier ? Si seulement les personnes en obésité sévère (elles sont entre 2,5 et 3 millions avec un IMC ≥ 35) réclamaient demain leur traitement, la facture annuelle atteindrait plusieurs milliards d’euros (le coût par an et par patient des TMO se situe à ce jour et avant négociations entre 3 000 et 4 000 euros). Pour quel retour sur investissement réel, durable, et mesurable ?
Sommes-nous en train de nous tromper de combat ?
La question n’est pas de nier l’intérêt thérapeutique des analogues du GLP-1. La question est de savoir ce que nous en faisons. Un outil peut être utile mais le même outil érigé en solution unique devient dangereux. À force de vouloir médicaliser l’obésité, ne sommes-nous pas en train d’abandonner l’idée même de responsabilité, d’éducation alimentaire et de changement durable ?
Seule une prise en charge adaptée, simple d’utilisation, efficace et accessible à tous serait la solution idoine à un problème de cette ampleur
Il faut éviter de confondre solution et illusion
La vraie question est donc celle-ci : voulons-nous vraiment aider et soigner les patients ayant des comorbidités… Ou simplement donner l’illusion que l’on a trouvé une solution à leur problème ?
Seule une prise en charge adaptée, simple d’utilisation, efficace et accessible à tous, proposant aux personnes en surpoids ou obèses d’être les acteurs de leur réussite, serait la solution idoine à un problème de cette ampleur, dont la cause n’est pas uniquement individuelle mais bien évidemment, aussi sociétale.
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