[PODCAST] : « J’ai laissé 30 ans d’amitié au Brésil » : ce que l’exil coûte aux médecins diplômés à l’étranger

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Publié le 21/10/2026

Après les démarches, les concours et l’intégration professionnelle, reste une autre épreuve : vivre loin de ceux qu’on aime. Pour les docteures Ceccile Accioly et Babay Asma Rais, l’exil a impliqué de laisser derrière elles leurs parents, leurs amis et une partie de leur vie... Une distance parfois difficile à accepter malgré une nouvelle vie désormais bien ancrée en France.

Padhue

« J’ai laissé 30 ans d’amitié au Brésil », raconte la docteure Cecille Accioly. Arrivée en France après avoir quitté son pays avec son mari et ses deux enfants, la chirurgienne vasculaire a dû reconstruire sa vie loin de ses amis mais surtout de ses parents. Une distance qui reste douloureuse. « Il y a toujours une part de sacrifice quand on fait le choix d’aller vivre à l’étranger », estime-t-elle.

Le plus difficile ? La peur de ne pas pouvoir être là lorsque sa famille aura besoin d’elle. « Si jamais il y a une maladie ou un problème et qu’on ne peut pas être présent, on est un peu rongé par une grande culpabilité », confie-t-elle, émue. « Quand on est médecin, si jamais il y a un problème de santé, on est le pilier principal de la famille. »

 

La docteure Babay Rais Asma, médecin généraliste formée en Tunisie, connaît elle aussi cette inquiétude. « Qu’est-ce que j’ai laissé ? Ben oui, j’ai laissé ma famille, mes amis, il fallait tout reconstruire. » Les appels de ses proches peuvent parfois raviver cette distance et cette peur. « On se fait des soucis pour notre famille, on est en état d’alerte quand on reçoit des appels trop tôt ou trop tard », confie-t-elle. 

Et certains moments ne se rattrapent pas. Ses enfants grandissent loin de leurs grands-parents et de leurs cousins. « Il n’y a pas de repas de famille les week-ends, il n’y a pas de vacances en dehors des grandes vacances avec les grands-parents », énumère-t-elle. « Il y a des choses qui manquent un peu. »

Maintenir le lien 

La technologie permet toutefois de maintenir un lien. Les parents de Cecille viennent chaque année passer deux mois en France et participent à distance à la vie de leurs petits-enfants. « On arrive à garder une proximité visuelle, pas tactile, mais visuelle », souligne-t-elle.

Pour Babay Asma, c'est le soutien de ses proches qui lui a permis de tenir et de construire sa nouvelle vie en France. Son mari l’a encouragée lorsqu’elle envisageait d’abandonner la médecine. « Il m’a toujours dit : non, il faut s’accrocher (...) Quand j'étais en Tunisie, je ne m'attendais pas à avoir cette trajectoire de vie et là je me dis que j'ai pas mal rebondi : reprendre les études à 38 ans, avec trois enfants, en étant seule et être amenée à tout reconstruire, c'était pas évident mais bon, ça s'est fait comme ça », sourit-elle. 

Aujourd’hui, ni l’une ni l’autre n’envisage de repartir vivre dans son pays. « J’aime bien ma vie en France », sourit Babay Asma. « J’ai mes repères ici, mes enfants sont scolarisés ici, je ne vais pas les déraciner encore une fois. »

Corps étrangers, le podcast

Une série en cinq épisodes à retrouver sur le site du Quotidien du Médecin et sur toutes les plateformes d’écoute.

Réalisation : Aude Frapin et Léa Petit Scagnola
Sous la direction d’Anne Bayle-Iniguez 
Direction artistique : Polina Mangot
Avec l’aide de Coralie Horgue et Audrey Chaussalet

Source : lequotidiendumedecin.fr