Combative, vigilante et pédagogue. La Pr Isabelle Laffont, présidente de la Conférence des doyennes et des doyens de médecine, avec à ses côtés, le Pr Marc Humbert, vice-président de l’institution, a dressé ce mercredi 8 octobre un bilan très mitigé des réformes des études en cours.
Les doyens alertent en particulier sur trois points de vigilance à suivre de près pour l’année à venir.
En premier lieu, l’organisation même des études nécessitera des effectifs et des moyens supplémentaires, sachant que le flot des étudiants de fin de deuxième cycle à se présenter aux Ecos (Examens cliniques objectifs et structurés) en 2026 passera à 11 500 candidats contre 9 500 l’an dernier. L’obligation d’intégrer les étudiants ultramarins viendra corser les choses, sachant que les épreuves doivent être synchrones et qu’il faudra jongler avec plusieurs fuseaux horaires.
En ce sens, « l’année 2026 pourrait être celle de tous les dangers » et des « risques majeurs » de désorganisation persistent, insiste la Pr Laffont, qui appelle à davantage de simplification (réduction du nombre de stations, double évaluation, patients standardisés) et à « sécuriser tout de suite la base des données 2024–2025 ». Ainsi, un seul couac informatique dans une des universités pourrait faire capoter l’ensemble des épreuves, souligne le Pr Humbert. Qui insiste : « Nous ne remettons pas en cause le fondement des Ecos [lire encadré, NDLR]. Nous demandons des garde-fous opérationnels : pouvoir noter avec jusqu’à trois stations indisponibles et décentraliser la collecte des notes. »
Illisibilité des filières d’accès
Autre point d’alerte de l’institution : l’illisibilité actuelle des filières d’accès aux études de médecine, notamment via la Licence d’accès aux études de santé (L.AS). Raison première pour laquelle la Pr Laffont plaide pour la création d'une « filière unique d'accès » aux études de santé (avec un corpus santé majoritaire), tout en laissant aux universités « la liberté de leur autonomie ». Ce qui permettrait aux étudiants n'ayant pas obtenu l'accès aux études de santé de pouvoir reprendre un cursus, sans avoir perdu deux années. Mais il ne s’agirait en rien « d’un retour à la Paces », assure la doyenne, par ailleurs prudente : l’année 2026 est déjà suffisamment compliquée pour lui ajouter une réforme de l’entrée dans les études mises en œuvre de façon « précipitée ».
Reste la question des déserts médicaux et de l’accès aux soins. « C’est un vrai sujet dont les universités de médecine veulent s’emparer, mais nos facs sont exsangues », alerte la doyenne, demandant à nouveau des moyens supplémentaires pour accueillir et former les futurs médecins dans les territoires.
En revanche, la Pr Laffont se réjouit du développement de la territorialisation des stages des internes et leur élargissement aux centres de santé et aux établissements hospitaliers périphériques ainsi qu’aux maisons de santé ambulatoires pluriprofessionnelles. Y envoyer des étudiants en deuxième cycle à des fins de découverte de l’exercice peut aussi être « un déterminant de leur future installation », diagnostique-t-elle. Ce qui ne l’empêche pas d’être entièrement opposée à la territorialisation de la première année d’études en santé. « Une fausse bonne idée, ça ne fonctionne pas ! », assène Isabelle Laffont.
Enfin, à rebours des principaux concernés, emmenés par les représentants des internes, soutenus par les syndicats libéraux séniors, la Conférence des doyens réitère son opposition à l’introduction d’une part de paiement à l’acte dans la rémunération des futurs docteurs juniors. « Cette quatrième année (4A), en tant que phase de consolidation du DES de médecine générale est très soutenue par la conférence, mais cette piste entraînerait des inégalités entre les internes en stage ambulatoire et en stage hospitalier et pourrait mettre en danger, à terme, le système universitaire tout entier ».
A priori, cette part de rémunération à l’activité a été abandonnée par les tutelles. Mais, à ce jour, tous les textes de cadrage réglementaire n’ont pas encore été publiés au Journal officiel pour confirmer les arbitrages ministériels.
La R2C apporte malgré tout satisfaction
« Nous sommes dans la deuxième année de la mise en place de la réforme du second cycle (R2C) des études de médecine et nous sommes à même de confirmer que le double système d’évaluation, les EDN [la partie théorique, NDLR] et les examens cliniques objectifs et structurés (Ecos) apporte un vrai plus au cursus de formation des étudiants », s’est félicité la Pr Laffont. Ainsi, l’année universitaire 2024-2025 a enregistré moins de 4 % d’échec au total, s’est réjouie la doyenne de la fac de médecine Montpellier-Nîmes.
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