L’association Asalée – pour action de santé libérale en équipe – s’invite dans le débat sur les économies possibles pour le système de santé. Étrillé par l’Igas à l’été dernier pour de graves « dysfonctionnements » conventionnels, organisationnels et budgétaires, ce modèle de coopération financé par l’Assurance-maladie, qui mobilise 2 000 infirmières travaillant avec 9 000 médecins, contre-attaque et met en avant l’efficience médicoéconomique de son organisation des soins primaires, qu’il propose désormais de généraliser.
Lors d’un récent webinaire ouvert à la presse, les responsables d’Asalée ont insisté sur la pertinence du modèle : des équipes médecin – infirmier qui prennent le temps de l’éducation thérapeutique du patient (ETP), du suivi dans la durée au service des malades chroniques, du « prendre soin » plutôt que du « faire vite ». Selon Asalée, une généralisation présente un potentiel de 15 à 18 milliards d’euros d’économies annuelles pour la Sécu.
Pour parvenir à ces montants considérables, Asalée utilise des résultats médicoéconomiques favorables mais anciens : une évaluation produite en 2008 par l’Irdes (pour le suivi des patients diabétiques de type 2) et la note du Centre d’analyse stratégique (rattaché à Matignon) de décembre 2011, qui montre une économie relative de la consommation de soins observée « à hauteur de 10 % ». La Dr Margot Bayart, présidente d’Asalée depuis 2024, cite surtout l’étude d’évaluation prometteuse « Doctor and Advanced Public Health Nurse Experiment Evaluation » (Daphnée) confiée à l’Irdes par la DSS et la Cnam. « En 2016, la restitution de l’évaluation – fondée sur le suivi de 320 000 patients du dispositif Asalée et 840 000 patients issus de la cohorte de la Cnam – a validé la réalisation d’une économie de 10 % sur les soins primaires et de ville, avance la médecin généraliste. Malheureusement, et malgré nos demandes insistantes et répétées, la Cnam n’a pas actualisé ces chiffres ». Une nouvelle évaluation est espérée mi-décembre. « L’heure est grave mais Asalée a une carte à jouer », résume Margot Bayart.
Grâce à notre modèle, les patients améliorent leur observance des traitements et adoptent une meilleure hygiène de vie, ce qui diminue à la fois les conséquences et l’évolution des maladies chroniques
Dr Margot Bayart, médecin généraliste, présidente d’Asalée
Extrapolation
C’est donc en extrapolant à la France entière les résultats de Daphnée mais aussi en les croisant avec les conclusions de quelque 250 études, thèses, mémoires produits entre 2016 et 2025 que l’association projette l’impact économique d’une généralisation d’Asalée en 2026 : avec le concours de « 8 000 infirmières ETP auprès de 32 00 médecins généralistes traitants », l’économie globale est ainsi estimée à 15 milliards d’euros en 2026 et même 18 milliards en 2030 (moindre prescription, hospitalisations évitables, réduction des transports, etc.). « Pour un coût d’environ 800 millions d’euros par an*, le gain net est colossal, assure la Dr Margot Bayart. Grâce à notre modèle, les patients améliorent leur observance des traitements et adoptent une meilleure hygiène de vie, ce qui diminue à la fois les conséquences et l’évolution des maladies chroniques. Les économies permises par Asalée mériteraient d’être réinvesties notamment pour renforcer les équipes dans le champ du maintien à domicile ou dans le secteur de la psychiatrie ».
Membre invitée du conseil d’administration, l’infirmière Christelle Fourneau souligne aussi l’engagement pris par l’association en 2019 d’accueillir 150 infirmières en pratique avancée (IPA). « Des équipes élargies, avec des IPA mais aussi des médiateurs en santé, permettent d’aller vers les personnes éloignées du soin ou en grande précarité », a-t-elle expliqué. Avec un impact supposément favorable sur d’autres dépenses sociales ou psychosociales « qui n’est pas encore comptabilisé » (arrêts de travail de longue durée, invalidité, etc.).
Une société coopérative d’intérêt collectif
Face aux menaces qui pèsent sur ce réseau (dans la foulée du rapport critique de l’Igas, le gouvernement a demandé en juillet à l’association Asalée de se réformer et d’assainir sa gestion pour continuer à bénéficier d’un financement public), la présidente d’Asalée confirme sa volonté de se doter d’une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) avec une gouvernance de soignants, un statut qui facilite la délivrance de services dans une optique d’utilité sociale. Ce statut permettrait aussi d’associer, dans le collège des futurs partenaires, patients, proches aidants mais également professionnels de cabinets médicaux, de CPTS et de maisons de santé. De fait, la question de l’immobilier reste un point très sensible puisque l’Assurance-maladie presse l’association de ne plus prendre en charge les loyers des infirmières Asalée.
En attendant des relations plus apaisées avec la Cnam, Asalée consacrera ses prochains travaux à l’impact du dispositif sur le nombre d’hospitalisations. Les résultats seront présentés dans le cadre d’un prochain webinaire, une nouvelle occasion de défendre ce modèle.
* Aujourd’hui, le fonctionnement d’Asalée est assuré par un financement de l’Assurance-maladie à hauteur de 100 millions d’euros
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