« On a l’impression d’être dans une crise sans fin en lisant les communiqués parlant de colère, de “grève sans fin”, de “médecine libérale qui ne répond plus”, etc. », explique l’économiste de la santé Brigitte Dormont (université Paris Dauphine), dans une interview accordée à Libération.
Pas convaincue par le bien-fondé de la mobilisation des médecins depuis le 5 janvier 2026, la chercheuse la compare à la grève de janvier 2023, rappelant qu’elle avait eu lieu en période épidémique. Dans le contexte de l’époque, précise-t-elle, le directeur de la Sécurité sociale avait jugé la mobilisation « incompréhensible ».
« Patchwork de revendications »
Argumentant que la Sécurité sociale peut désormais observer concrètement l’ampleur du mouvement, Brigitte Dormont juge que « la grève semble peu suivie car les télétransmissions de feuilles de soins à l’Assurance-maladie durant la première semaine n’ont diminué que de 13,5 % ». Et de souligner que cette baisse d’activité « n’est qu’en partie due à la grève, car les dentistes non-grévistes ont connu une baisse comparable ».
Sur le fond, « tous les syndicats de médecins libéraux se sont unis pour appeler à la grève, alors que les intérêts des uns et des autres sont très divers », analyse-t-elle, évoquant plus loin un « patchwork de revendications ». Par exemple, « ceux en faveur du cadre conventionnel n’osent pas contredire la frange la plus extrême lorsqu’elle dénonce une rupture d’égalité si les prescriptions des médecins non conventionnés (secteur 3) ne sont plus remboursées ».
Les contraintes nécessaires ?
Ainsi, selon l’économiste, « il y a un conflit permanent autour du statut de la médecine libérale qui résulte d’une contradiction inhérente au système de santé français » solidaire, garantissant un accès aux soins universel, en fonction de ses besoins et sans obstacle financier. Mais « cette solidarité n’est effective que si un certain nombre de contraintes sont imposées aux médecins », selon elle. Limite des dépassements d’honoraires, permanence des soins, régulation de l’installation, maîtrise de la pertinence des soins pour éviter la redondance…
Problème : « On touche ici à trois piliers de la charte de la médecine libérale formalisée en 1927 : la liberté d’installation, la liberté de prescription et la libre fixation du prix de la consultation ». Ainsi, selon Brigitte Dormont, « dans l’absolu, il n’est pas possible de concilier ces libertés et les objectifs d’un système solidaire ».
Effet de pourrissement
Par ailleurs, contrairement aux syndicats libéraux, la chercheuse estime qu’« il n’y a aucune dérive autoritaire » de l’Assurance-maladie. Cette dernière a aussi « intérêt à ce que le cadre conventionnel perdure, puisque c’est sa raison d’être, insiste-t-elle. Et donc de se montrer conciliante avec les médecins. »
Enfin, « les propositions qui ont fait bondir les médecins correspondent à des contraintes qu’ils ont rejetées lors de la dernière convention », lesquelles reviennent à l’occasion des dernières discussions budgétaires car « aucun de ces grands problèmes récurrents n’est résolu à ce jour ». Et comme la Cnam « a un pouvoir de négociation faible et elle est souvent court-circuitée par le gouvernement qui souhaite éviter la colère des médecins », alors « la situation pourrit et les problèmes perdurent ».
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