L’année a démarré sur les chapeaux de roues pour la santé avec une grève historique de la médecine libérale. Et plusieurs dossiers sensibles attendent la profession en 2026 : déploiement du réseau France Santé, stratégie d’investissement à l’hôpital, quatrième année de médecine générale, sans oublier des textes législatifs (fraudes, décentralisation, fin de vie), un plan grand âge, une réflexion sur le financement du modèle social et plusieurs chantiers de santé publique.
Année 2026, terrain miné pour le secteur médical ? Plusieurs chantiers majeurs concernant la profession vont en tout cas jalonner les prochains mois. Entre promesses gouvernementales, projets de loi dans les tuyaux et relance de dossiers en jachère, tour d’horizon des dossiers.
Médecine libérale : renouer la confiance
Pour Ségur, c’est le sujet brûlant de ce début d’année. Cabinets libéraux fermés, opérations reportées dans les cliniques, exil symbolique à Bruxelles des spécialistes sur plateaux techniques (lire aussi page 16) : pendant dix jours, la médecine libérale a exprimé une colère profonde avec en point d’orgue une manifestation qui a rassemblé plusieurs milliers de médecins à Paris, samedi dernier.
Le courroux médical, qui s’est cristallisé sur le budget de la Sécu 2026, est en réalité plus ancien et protéiforme et cible un tournant jugé autoritaire dans les politiques de santé, qui remplacerait la confiance et la négociation par « la suspicion, la contrainte et la sanction », résume MG France. Mise sous objectifs (MSO) des prescriptions excessives en première intention (projet de loi fraudes), injonction à consulter et alimenter le DMP (mesure censurée mais qui a laissé des traces), menace de régulation autoritaire des tarifs (même si le gouvernement a promis de ne pas utiliser cette possibilité), déremboursement des prescriptions en secteur 3, etc. : autant d’initiatives qui, bout à bout, ont conduit à la révolte des médecins libéraux, déjà exaspérés par les attaques contre le secteur 2, les « rentes » ou la liberté d’installation.
Désormais, il appartient au gouvernement et à la Cnam de renouer les fils du dialogue. Les 340 millions d’euros de revalorisations pour les spécialistes mis en œuvre depuis janvier 2026 ont apporté une bouffée d’oxygène mais plusieurs autres dossiers se profilent : secteur 2 et Optam, nouvelle CCAM technique (une enveloppe de 240 millions est prévue), imagerie, concrétisation du nouveau forfait médecin traitant…
Accès aux soins : déployer France Santé et la solidarité territoriale
Lors de ses vœux, Stéphanie Rist a souhaité faire de l’amélioration de l’accès aux soins une de ses priorités car « c’est l’engagement de [sa] vie ». Elle compte franchir une étape décisive avec le déploiement du réseau France santé. Centre trente millions d’euros ont été prévus en 2026 pour atteindre 2 000 sites labellisés à mi-année (50 000 euros par structure en moyenne). Le réseau sera constitué de cabinets libéraux, centres de santé et maisons de santé existantes mais le label peut être octroyé à des hôpitaux de proximité, des pharmacies équipées de télécabines ou même des médicobus. Ce réseau vise à garantir un socle de services avec la présence d’un généraliste et d’un infirmier (au minimum), une ouverture au moins cinq jours sur sept, des tarifs opposables et une capacité à proposer un rendez-vous sous 48 heures en cas de nécessité. Parallèlement, la Cnam devra engager des négociations interpro afin de prévoir les modalités de soutien des CPTS à France santé.
Le réseau France Santé fait partie des priorités du ministère, avec 130 millions d’euros prévus en 2026 pour atteindre 2 000 sites labellisés à mi-année
Autre enjeu sur le terrain de l’accès aux soins : la montée en puissance des consultations solidaires dans le cadre du dispositif « Un médecin près de chez vous », qui mobilise avec difficulté des généralistes volontaires pour des vacations ponctuelles dans les déserts. Enfin, les médecins seront attentifs au sort de deux propositions de loi inabouties : la redoutée PPL Garot sur les déserts, adoptée à l’Assemblée et qui s’attaque à la liberté d’installation ; et la PPL Mouiller adoptée au Sénat, qui propose des mesures de répartition territoriale moins directives.
Hôpital : une stratégie d’investissement à dix ans ?
À ce stade, les hospitaliers n’ont guère de visibilité sur la relance des chantiers en jachère. Mais tous attendent un cap clair sur plusieurs dossiers : revalorisation des carrières médicales, décompte du temps de travail, santé des PH, sans oublier la bonne application de la réforme des astreintes (forfaitisation). La réforme des décrets périnatalité est un autre enjeu pour les équipes médicales et paramédicales concernées.
Sur le front du financement, lors de ses vœux, la ministre de la Santé a voulu donner des gages à ceux qui réclament de sortir de la logique court-termiste, promettant une stratégie d’investissement dans les hôpitaux « pensée pour les dix prochaines années ». Un pas vers une loi pluriannuelle ? Les enjeux budgétaires resteront en tout cas cruciaux dans les hôpitaux comme dans les cliniques, en dépit des rallonges octroyées in extremis dans la loi Sécu 2026. La Fédération hospitalière de France voudrait pousser deux chantiers qui représentent des gisements massifs d’économies : la prévention et la pertinence des soins, dossiers « sur lesquels nous n’avançons pas beaucoup avec le ministère », déplore un responsable du lobby hospitalier.
Dans le secteur médico-social, le plan « grand âge » initialement prévu en 2025 sera dévoilé début février, a annoncé le ministère chargé de l’Autonomie. Ce plan doit permettre de définir les réponses à apporter aux personnes en perte d’autonomie et d’aborder le sujet du financement. Il sera également question de « repenser l’habitat, l’accompagnement, l’aide à domicile, la prévention etc. » et d’avoir un état des lieux des besoins d’ici à 2050, département par département.
Fraudes, décentralisation : deux textes dans les tuyaux
Déposé en octobre, le projet de loi visant à renforcer la lutte contre les fraudes sociales et fiscales a été adopté en première lecture par le Sénat mi-novembre. Dans le champ de la santé, ce texte prévoit un meilleur partage d’informations entre l’Assurance-maladie et les complémentaires afin de mieux lutter contre la fraude, notamment dans les secteurs dentaire, de l’optique et de l’audiologie. Mais c’est surtout la possible mise sous objectifs (MSO) obligatoire en première intention (en cas de prescriptions excessives) qui a mis le feu aux poudres chez les médecins. Le projet de loi doit encore être examiné par l’Assemblée, où il devrait être modifié. En 2024, 20 milliards d’euros de fraudes publiques ont été détectées dont trois milliards dans le champ social.
Un autre texte pourrait avoir des répercussions sur le secteur : le projet de loi de décentralisation annoncé fin 2025 par Sébastien Lecornu qui, certes, ne donnera pas lieu à un big bang territorial mais pourrait s’attaquer au millefeuille administratif. Plutôt que de liquider des échelons, l’idée serait de clarifier les responsabilités et les compétences. En santé, cela pourrait passer par le fait de confier aux départements une partie des tâches des ARS créées en 2010, comme l’a avancé le Premier ministre en évoquant la planification des soins de proximité. Un démembrement éventuel des ARS critiqué par ceux qui redoutent une différenciation du pilotage de la santé selon la richesse des territoires.
Modèle social, mission AMO-AMC : du neuf dans le financement ?
« L’année 2026 devra être l’année où nous devrons repenser lucidement le financement de notre modèle social, a déclaré Stéphanie Rist. Depuis plusieurs mois, nous sommes collectivement sortis du déni. Il nous faut désormais entrer dans le temps du travail et de l’action. » Une urgence, tant le déficit annuel du régime général, proche de 20 milliards d’euros, traduit une impasse de financement systémique – les dépenses de santé croissant beaucoup plus vite que les recettes. Le gouvernement vise désormais un retour à l’équilibre d’ici à 2029. Mission impossible ? En attendant d’éventuelles recettes supplémentaires (TVA sociale, CSG, réduction des exonérations), la ministre a lancé une mission sur l’articulation entre les assurances-maladie obligatoire (AMO) et complémentaire (AMC), afin de faire bouger les lignes du financement de la santé. Parallèlement, la Mutualité (FNMF) a lancé ses états généraux de la protection sociale et de la santé, visant à faire émerger des propositions « clés en main » pour les candidats à la présidentielle de 2027.
Docteurs juniors : la « 4A » en novembre, dans la douleur
Sauf catastrophe, la réforme de la quatrième année d’internat de médecine générale entrera bien en vigueur en novembre 2026 avec l’arrivée des 3 700 premiers docteurs juniors de cette spécialité dans les lieux de stage. Après bien des atermoiements, la loi Sécu a entériné un montage financier simplifié : les maîtres de stage encaisseront la part complémentaire des honoraires dégagés par les docteurs juniors (qui, eux, restent rémunérés par leur CHU). En parallèle, un décret accorde une dérogation pour la soutenance de thèse aux trois premières promos concernées par la réforme. Mais tout est loin d’être limpide et le monde universitaire sera très attentif à la publication des derniers textes, au recrutement des praticiens agréés maîtres de stage et à l’accompagnement de cette délicate réforme de la formation.