« Très bien ! Je vais mettre cet amendement aux voix… Les “contre” lèvent le bras… Les “pour”… L’amendement est adopté ! » Après 1 759 amendements au projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS 2026) examinés la semaine dernière en commission des Affaires sociales, Frédéric Valletoux, son président, a pu souffler un peu… Mais seulement quelques heures avant de se concentrer – toute cette semaine et encore ce week-end – sur l’examen du budget de la Sécu cette fois en séance plénière et en présence des ministres concernés. Un véritable marathon.
Le contexte politique est chaotique, le climat parfois électrique, les députés rivalisant de créativité pour détricoter la copie du gouvernement, supprimer des économies, raboter des recettes ou au contraire tenter d’alourdir la fiscalité. Frédéric Valletoux a parfaitement conscience de cette situation instable. En commission, où les députés sont des experts des sujets santé/Sécu, l’exercice fut à la fois très technique et politique mais les débats n’y ont qu’une importance relative puisque c’est la copie initiale du gouvernement qui a été reprise de zéro en discussion en séance publique cette semaine. « C’est comme ça, il ne faut donc pas s’effrayer de positions en commission puisque, que ce soit voté ou pas, c’est la copie initiale qui arrive en séance. Ce n’est donc pas en commission qu’on peut initier des compromis même si on peut sentir les choses. C’est un tour de chauffe, on teste les idées », a expliqué, un brin fataliste, le député Horizons lors de la récente émission des « Contrepoints de la Santé », mercredi dernier.
Son rôle de président de la commission des Affaires sociales a été d’abord de cadrer et de contrôler la discussion dans le temps imparti (sachant que le débat parlementaire ne doit pas dépasser 50 jours pour le PLFSS). « S’il vous plaît », « chut, chut », « allez ! »… Arbitre des élégances, garant du temps de parole des députés, Frédéric Valletoux a tenté lors de ce défrichage en commission de maintenir une ambiance malgré tout décontractée, ponctuée parfois de bons mots. Comme lorsqu’il a été alerté qu’un sac traînait dans le couloir, demandant à son collègue de le récupérer, « sinon la sécurité va l’exploser… non, je rigole ! ». Ou encore lorsqu’il a ironisé auprès du rapporteur général du budget de la Sécu, Thibault Bazin (LR), qu’il a suggéré d’inviter aux soirées du gouvernement avec le Parti socialiste, pour qu’il soit au courant des négociations en coulisses.
Débat respectueux mais…
Sa méthode ? La clarté… et parfois l’autorité ! Le principe d’un orateur en faveur de l’amendement, un autre, contre, a été la norme lors des débats, de manière à permettre un échange ni trop long ni trop court. A posteriori, l’élu Horizons estime que le débat a été « respectueux » entre « personnes qui connaissent bien les sujets ».
Courtois, l’ancien ministre de la Santé ne fait pas mystère pour autant de ses critiques et de son agacement autour de ce budget. Il n’a pas manqué de distribuer des cartons jaunes (voire rouges) contre le gouvernement – que ce soit sur la hausse des franchises ou les négociations en vase clos avec le PS, notamment sur la suspension de la réforme des retraites qu’il conteste. « Je porte un regard critique sur ce budget », a-t-il déclaré en ouverture des débats, soulignant que « trop d’efforts sont demandés aux patients plutôt que dans la responsabilisation des professionnels de santé ».
Pire, a-t-il reconnu lors des Contrepoints de la santé, « la situation financière est d’autant plus dramatique que le pilotage politique est relativement absent dans les choix qui sont proposés et faits depuis 2024 ». Les deux derniers budgets de la Sécu bâtis dans l’urgence ont ainsi été « écrits par l’administration, qui produit dans son coin, sans aucune orientation politique », assène-t-il, allant jusqu’à qualifier de « faciles » les recettes proposées pesant sur les assurés comme les franchises. Sans compter qu’une dizaine de ministres se sont succédé à Ségur… « Tout cela ne dessine pas une politique, analyse-t-il. Et pourtant il faut bien un budget à la France et financer la Sécu. »
En attendant la présidentielle…
« Le PLFSS sera difficile cette année, comme le prochain, tant que nous n’aurons pas eu de grand débat démocratique, d’élection présidentielle, pour légitimer une réforme profonde de notre modèle social », résume-t-il. Car, ironise l’ancien journaliste, « si nous attendons du système qu’il se transforme par lui-même, nous y sommes encore dans 10 ans ! »
Mais en attendant, Frédéric Valletoux voit aussi le verre à moitié plein et juge que le débat actuel n’est pas inutile. Il permet de mettre le doigt sur sujets importants, quitte à bousculer, comme les dépassements d’honoraires, les « rentes », la financiarisation de la santé, les ALD, les arrêts de travail ou même les franchises. « La question derrière, c’est “est-ce qu’on peut continuer avec des financements publics contraints et des besoins de santé qui augmentent aussi vite avec les mêmes règles de fonctionnement ?” », questionne-t-il. Lui plaide de longue date pour des réformes de structure, dont un plan pluriannuel en santé.
Mais aussi renseigné qu’il est à son poste privilégié, le député Frédéric Valletoux n’est pas toujours tenu au courant des actions de l’exécutif. Le mercredi 5 novembre au matin, tandis que des libéraux de santé l’interpellaient sur l’amendement déposé la veille par le gouvernement au sujet des « maisons France Santé », Frédéric Valletoux a assuré ne pas en être informé… Plus que jamais, le budget de la Sécu se construit sur un fil.
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