Les analogues du GLP1, médicaments initialement développés comme antidiabétiques, désormais également indiqués en cas d’obésité, continuent de faire parler d’eux. En effet, depuis l’été 2025, et l’élargissement en France de l’accès à ces produits (prescription initiale ouverte à tout médecin, éligibilité des patients dès un IMC de 27 en présence de comorbidité), les annonces et publications concernant divers représentants de cette classe thérapeutique se sont enchaînées.
Citons en particulier l’ajout des analogues du GLP1 à la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), et l’élaboration par l’instance de recommandations d’utilisation de ces médicaments dans la prise en charge de l’obésité. Ainsi, un premier référentiel paru en décembre 2025 préconise le recours aux analogues du GLP1 dans le traitement au long cours de l’obésité. Et ce, de façon « conditionnelle » - en privilégiant pour le moment les patients ayant des comorbidités, notamment cardiovasculaires ou métaboliques, en évitant les femmes enceintes, et en proposant conjointement « des interventions comportementales intensives, y compris des interventions structurées englobant une alimentation saine et la pratique d’une activité physique ».
Mais surtout, de nouvelles données précisent l’efficacité de ces médicaments sur certaines pathologies cardiovasculaires. Car pour rappel, si l’action des analogues du GLP1 en termes de perte pondérale ne fait plus doute, et si l’essai Select (1) avait montré l’intérêt de l’un d’entre eux, le sémaglutide, pour réduire le risque d’évènements cardiaques majeurs chez les personnes non diabétiques présentant à la fois un surpoids ou une obésité et une comorbidité cardiovasculaire, restait à clarifier cliniquement cet impact cardiovasculaire comorbidité par comorbidité. À commencer sur l’insuffisance cardiaque et ses conséquences.
Efficacité contre l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée
Ainsi, cet été, une étude publiée dans le Jama (2) a confirmé l’intérêt de deux analogues du GLP1 sur l’insuffisance cardiaque liée à l’obésité. En effet, ce travail, conduit au total auprès de 5 833 adultes préalablement inclus dans divers essais et atteints de diabète de type 2, d’obésité, et d’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée, a confirmé l’effet protecteur cardiovasculaire du sémaglutide et du tirzépatide. « Les patients qui commençaient un traitement par sémaglutide ou tirzépatide présentaient un risque d’hospitalisation pour insuffisance cardiaque ou de mortalité toutes causes confondues de moins de 40 % », conclut la publication, qui suggère par ailleurs une supériorité du tirzépatide par rapport au sémaglutide.
Des données qui s’ajoutent à celles de l’essai Summit, qui avait montré, plus tôt en 2025, une efficacité du tirzépatide pour réduire les symptômes d’insuffisance cardiaque. En effet, chez 731 adultes présentant une obésité et une insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée, randomisés pour recevoir soit du tirzépatide, soit un placebo, l’administration de l’analogue du GLP1 s’était soldée par une amélioration de la qualité de vie, une réduction du risque d’intensification des traitements diurétiques, et, là encore, une réduction du risque d’hospitalisation pour insuffisance cardiaque et de décès de cause cardiovasculaire, etc.
Si bien que fin janvier, l’Agence européenne du médicament (EMA) a accordé au tirzépatide une extension d’indication pour le traitement de l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée symptomatique chez les adultes vivant avec une obésité (3).
Des effets cardiovasculaires peu durables ?
Concernant la durabilité de ces effets cardiovasculaires, de premières données, pas si positives, émergent. Notamment, une revue de la littérature publiée dans le British Medical Journal conduite à partir de 37 études, a confirmé une reprise de poids à l’arrêt du traitement (4). Et ce, au rythme moyen de 0,4 kg par mois, d’où un retour au poids initial 18 mois après la suspension des analogues du GLP1. Un rebond s’accompagnait d’une évolution négative des biomarqueurs cardiovasculaires, tels que la pression artérielle et le taux de cholestérol, avec retour à leurs niveaux initiaux moins d’un an et demi après l’arrêt du traitement.
Par ailleurs, dans une perspective physiopathologique, une analyse préspécifiée de l’essai Select publiée fin octobre 2025 (5) suggère des effets cardiovasculaires indépendants de la perte pondérale. En effet, selon ce travail, la réduction du risque de Mace observé sous sémaglutide chez des adultes non diabétiques présentant une obésité ou un surpoids et une comorbidité cardiovasculaire n’étaient globalement pas proportionnels à la perte pondérale et adipeuse enregistrée au cours du traitement. Cependant, difficile pour le moment de mettre en évidence un mécanisme physiopathologique plus direct. Aussi, à la fin de l’automne, une investigation conduite auprès de 101 participants, publiée dans l’American Heart Journal a échoué à montrer au PET-IRM une action anti-inflammatoire du sémaglutide sur les plaques d’athérome carotidiennes (6).
Carences et pancréatites
Par ailleurs, la littérature concernant la sécurité des analogues du GLP1 s’étoffe aussi. Ce mois de janvier 2026, l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) a publié les résultats de son enquête de pharmacovigilance dédiée aux effets indésirables des analogues du GLP1 (7). « De manière générale, les effets indésirables les plus fréquemment observés sont déjà connus et renseignés dans les notices », conclut l’instance, qui cite en particulier des troubles gastro-intestinaux – en effet déjà décrits comme principale cause d’arrêt prématuré du traitement.
Toutefois, le régulateur souligne un risque de carences nutritionnelles (carence en fer, déficit sévère en vitamine B1, notamment) et de perte de masse musculaire excessive liées à une perte de poids rapide, qui « nécessite des investigations complémentaires » et fait l’objet « d’une surveillance renforcée ». À noter par ailleurs une augmentation des déclarations d’effets indésirables graves survenant dans le cadre de mésusages.
Un risque de pancréatite rare mais grave, également déjà documenté, continue en outre de faire parler de lui. Outre-Manche, la Medicines and healthcare products regulatory agency (MHRA) a indiqué fin janvier 2026 avoir reçu, depuis le début de la commercialisation des analogues du GLP1, 1 296 signalements de pancréatite, dont 19 cas mortels (8). Ce qui correspondrait à un risque deux fois supérieur à celui officiellement annoncé. En France, l’ANSM a fait état, également ce mois de janvier, d’un « décès suite à une pancréatite dans un contexte de mésusage (d’analogue du GLP1) pour perte de poids ». « À ce jour, les données ne permettent pas d’établir de lien avec le médicament », nuance toutefois l’instance.
Enfin, concernant les craintes d’un potentiel risque de suicide évoqué il y a quelques années, les inquiétudes semblent bel et bien se tarir. Tel est du moins le signal envoyé Outre-Atlantique par la Food and drug administration. Après la parution d’études ayant disculpé les analogues du GLP1, le régulateur américain a finalement requis fin janvier 2026 le retrait des alertes officielles concernant ce potentiel signal.
(1) Michael Lincoff. Semaglutide and Cardiovascular Outcomes in Obesity without Diabetes. N Engl J Med 2023;389:2221-2232
(2) Nils Krüger at al. Semaglutide and Tirzepatide in Patients With Heart Failure With Preserved Ejection Fraction. JAMA. Vol. 334, No. 14
(3) EMEA. Meeting highlights from the Committee for Medicinal Products for Human Use (CHMP) 26-29 January 2026
(4) Sam West et al. Weight regain after cessation of medication for weight management: systematic review and meta-analysis. BMJ 2026;392:e085304
(5) John Deanfield et al. Semaglutide and cardiovascular outcomes by baseline and changes in adiposity measurements: a prespecified analysis of the SELECT trial. Volume 406, Issue 10516p2257-2268November 08, 2025
(6) Stefan James et al. Effect of once-weekly subcutaneous semaglutide on arterial inflammation in people with type 2 diabetes and cardiovascular disease using PET-MRI: Primary results of a randomized, double-blind, placebo-controlled trial. American Heart Journal Volume 289, November 2025, Pages 17-27
(7) Surveillance des aGLP-1 : l’ANSM confirme le rapport bénéfice/risque favorable lorsque ces médicaments sont utilisés conformément aux recommandations. Publié le 07/01/2026 - mis à jour le 08/01/2026
(8) Chris Baraniuk. GLP-1 drugs: New warning after rise in reported deaths from pancreatitis. BMJ 2026; 392 doi: https://doi.org/10.1136/bmj.s204 (Published 30 January 2026) Cite this as: BMJ 2026;392:s204
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