Les effets indésirables associés aux cinq statines les plus prescrites (atorvastatine, fluvastatine, pravastatine, rosuvastatine, simvastatine) ne seraient pas aussi nombreux que ce que mentionnent leurs notices. C’est ce qui ressort d’une vaste analyse de données menée par la Cholesterol Treatment Trialists’ Collaboration, fondée par la British Heart Foundation.
Des travaux antérieurs, menés par les mêmes chercheurs, ont déjà établi que les statines provoquent des symptômes musculaires chez 1 % des patients au cours de la première année de traitement, ainsi qu’une légère augmentation de la glycémie pouvant conduire les personnes à haut risque à développer un diabète plus rapidement. Ici, outre ces deux effets connus, l’équipe ne retrouve que quatre, parmi les 66 étudiés, comme ayant une incidence statistiquement plus élevée dans le groupe statines.
Les chercheurs se sont penchés sur les données individuelles de plus de 150 000 patients, issues de 23 études randomisées : 123 940 participants à 19 essais cliniques de grande envergure comparant les effets des statines à ceux d'un placebo, et 30 724 participants à quatre essais comparant différents dosages de statines. En médiane, les patients avaient été suivis pendant près de 5 ans. La liste des effets indésirables possibles a été établie à partir de ceux répertoriés dans les notices.
Presque autant d’effets secondaires associés aux statines qu’au placebo
Les résultats, publiés dans The Lancet, montrent que la plupart des effets indésirables ne sont pas attribuables aux statines, en étant aussi fréquents avec un placebo. C’est le cas par exemple des troubles cognitifs ou de la mémoire, qui sont signalés par 0,2 % des personnes prenant des statines, mais également par 0,2 % de celles prenant un placebo.
Il n’existe ainsi aucun risque accru statistiquement significatif de pertes de mémoire ou de démence, de dépression, de troubles du sommeil, de dysfonction érectile, de prise de poids, de nausées, de fatigue ou de maux de tête.
« Notre étude apporte la garantie que, pour la plupart des patients, les bénéfices des statines surpassent largement le risque d'effets secondaires », résume la Dr Christina Reith, chercheuse au département de santé des populations de l'université d'Oxford, et première autrice de l'étude.
Des anomalies biologiques de la fonction hépatique
L’étude pointe quatre effets associés aux statines autres que les troubles musculaires et l’hyperglycémie. Des anomalies des transaminases hépatiques (RR =1,41) et d’autres tests de la fonction hépatique (RR 1,26) sont observées. Cette légère augmentation du risque (+ 0,13 % par an par rapport au placebo) n’apparaît pas associée à une hausse des maladies hépatiques. L’analyse des quatre essais comparant différents schémas posologiques suggère un effet dose-dépendant. Une modification de la composition urinaire (RR =1,18) est également observée. Ces anomalies urinaires augmentent de 0,03 % par an par rapport au placebo. Enfin, la prise de statines est associée à un léger risque d’œdème (RR =1,07). Mais, même pour cette poignée d’effets, les auteurs émettent des réserves pour les anomalies urinaires et les œdèmes, car ils ne sont pas retrouvés dans les quatre essais comparant dosages élevés et faibles et restent de signification clinique indéterminée.
Ces résultats « constituent une réponse indispensable à la désinformation qui circule au sujet des statines », souligne le Pr Bryan Williams, directeur scientifique et médical de la British Heart Foundation. Selon lui, identifier les effets secondaires réellement liés aux statines « aidera les médecins à décider du recours à des traitements alternatifs », juge-t-il.
Pour les auteurs, les notices actuelles sur les statines surestiment les risques et induisent en erreur les cliniciens et les patients. Il devient nécessaire de les revoir « afin de favoriser une prise de décision éclairée et fondée sur des données probantes ».
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