LE QUOTIDIEN : Quelles sont vos priorités à la tête de la Fondation ?
PR ARIEL COHEN : Mon premier objectif est de la faire connaître davantage. J’ai ainsi confié la réalisation d’un film à Jean-Pierre Jeunet afin de sensibiliser le grand public à l’importance de notre action. J’ai aussi la volonté de sortir du parisiano-centrisme. Nous organiserons un événement début 2026 à Marseille, et nous avons nommé une vingtaine d’ambassadeurs dans les grandes villes de France avec l’espoir de développer des financements territoriaux car les dons et legs destinés à soutenir la recherche cardiovasculaire se révèlent aujourd’hui insuffisants.
Je souhaite ensuite décliner les grands axes de travail de la Fondation en sensibilisant la population à la bonne santé cardiovasculaire, plutôt qu’en la culpabilisant sur de mauvaises habitudes de vie. L’enquête que nous avons conjointement lancée avec Santé publique France — publiée dans Archives of Cardiovascular Diseases en janvier 2025, et reprise dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire en mars dernier — confirme l’urgence à agir, au regard de la très faible connaissance des facteurs de risque. Par exemple, la moitié des 17 millions d’hypertendus ignorent leur état, ou ne prennent pas leur traitement.
Comment définissez-vous la bonne santé cardiovasculaire ?
Je m’appuie sur les critères américains de Life’s Essential, qui définissent un niveau idéal, intermédiaire ou faible de bonne santé cardiovasculaire. Ces critères sont au nombre de huit : ne pas fumer ou avoir arrêté depuis plus de 12 mois, manger de façon équilibrée, pratiquer une activité physique modérée de 150 minutes par semaine ou intense de 75 minutes par semaine, présenter un indice de masse corporelle inférieur à 25, avoir une glycémie à jeun inférieure à 1 gramme, une pression artérielle à moins de 120/80, un cholestérol total à moins de 2 g/l et enfin une bonne qualité de sommeil.
En France, nous observons que 18 % de la population a un niveau faible, 71 % un niveau intermédiaire et 11 % seulement un niveau idéal. Ainsi, 89 % des Français n’ont pas une santé cardiovasculaire optimale. Pour inverser la tendance, nous avons par exemple proposé de faire évoluer l’outil Ameli, de manière à renforcer les alertes sur la prévention et la surveillance selon les profils des patients afin de proposer une approche personnalisée.
La Fondation s’appuie sur un Conseil scientifique qui propose et élabore des appels à projets. Quels sujets avez-vous retenus en 2025 ?
Nous avons lancé cinq appels à projets, dont le premier sur cœur et obésité suscite beaucoup d’attentes. Nous aimerions développer un projet transversal et translationnel afin de réussir à mieux quantifier la graisse viscérale, qui est un authentique facteur de risque cardiovasculaire, indépendamment des perturbations métaboliques.
Les quatre autres sujets concernent le cœur des femmes, l’intelligence artificielle en pathologie cardiovasculaire, l’insuffisance cardiaque, épidémie du XXIe siècle et le cœur de l’enfant, ou comment prévenir les complications métaboliques et des cardiopathies congénitales.
Comment envisagez-vous le sujet de l’intelligence artificielle ?
Elle affecte de façon majeure le diagnostic et la prise en charge de nos patients. Des algorithmes très puissants sont aujourd’hui capables de caractériser le risque cardiovasculaire, à partir de simples données cliniques. Nous avons aussi beaucoup progressé en imagerie cardiaque, et l’IA permet également de proposer des thérapeutiques personnalisées selon les profils de risque. Notre ambition est qu’elle soit désormais aussi utile aux patients qu’aux médecins. Nous travaillons par exemple sur un algorithme prédictif de récidives de fibrillation atriale, afin de fournir aux patients une estimation personnalisée de succès de la procédure et du maintien en rythme sinusal, prévenant ainsi les conséquences délétères après une cardioversion.
Nous souhaitons également mettre l’accent sur l’insuffisance cardiaque avec fonction ventriculaire gauche préservée, car nous connaissons mal ses déterminants et il n’existe malheureusement pas de traitement idéal, hormis les inhibiteurs de SGLT2, et les traitements étiologiques ou des comorbidités.
S’agissant enfin du cœur de l’enfant, nous allons nous intéresser plus spécifiquement à la prise en charge précoce des cardiopathies congénitales, opérées ou non, et à la prévention précoce des conséquences des facteurs de risque cardiovasculaire, l’obésité et la sédentarité tout particulièrement.
L’an dernier, la Fondation a financé un projet particulièrement marquant sur Cœur et addiction. Pouvez-vous nous en parler ?
Addicto-Usic, porté par l’équipe de cardiologie de l’hôpital Lariboisière, a montré, dosages urinaires à l’appui, que près d’un patient sur deux hospitalisés pour un infarctus du myocarde, ne reconnaissait pas sa consommation de drogues illicites, cannabis ou cocaïne.
Nous avons donc veillé à renforcer la communication, notamment via les influenceurs, car ces substances sont des causes prévalentes d’infarctus myocardique et cérébral et de mort subite chez le sujet jeune. Par ailleurs, il ne faut pas négliger le risque élevé de récidive d’où l’importance de la prévention et, dans certains cas, d’une prise en charge psychologique adaptée.
L’équipe de cardiologie a ainsi proposé un modèle d’IA pour prédire le risque lié à la consommation de cannabis, afin de contourner le problème du déni ou de l’omission lors de l’interrogatoire médical. Ce recueil est fondamental pour améliorer la recherche et comprendre, peut-être, les causes de morts subites sans cause identifiée.
Dr Vincent Pradeau (Avenir Spé) : « Les spécialistes libéraux sont mobilisés et remontés comme jamais ! »
Le pilotage de précision des grossesses sous immunosuppresseurs
Sarcoïdose : souvent thoracique, mais pas que
Savoir évoquer une dermatose neutrophilique