Selon des données récoltées à partir des chiffres de l’Assurance-maladie, fin 2024, environ 30 000 patients sur les quelque 200 000 vivant avec un diabète de type 1 (DT1) étaient équipés d’un système hybride en boucle dite fermée. Ces chiffres ont augmenté en 2025, mais il reste encore une bonne marge de progression. C’est surtout la tranche des patients de 65 ans et plus qui est la moins équipée, peut-être en raison de réticences, qui n’ont plus lieu d’être.
LE QUOTIDIEN : Comment expliquez-vous que tous les patients vivant avec un DT1 qui pourraient tirer bénéfice d’un système hybride n’en soient pas encore tous équipés ?
PR PENFORNIS : Cela demande de franchir l’étape de porter une pompe ; mais, si pompe il y a, il n’est plus possible, sauf exception, que ce soit pour un système ouvert. Les systèmes hybrides de boucle fermée représentent une telle avancée qu’ils doivent être proposés à tous les patients susceptibles d’en bénéficier.
Outre les diabétologues, en première ligne pour en parler à leurs patients, les prestataires de pompes et les médecins généralistes sont aussi bien placés pour proposer à tous les patients avec un DT1 de faire a minima un essai ; et à tous ceux déjà sous pompe, de passer à un système fermé. C’est aussi possible chez les patients âgés avec des troubles cognitifs, en formant l’entourage ou le personnel des lieux de vie des patients.
Quelles sont les principales réticences rencontrées ?
Selon mon expérience, il y a encore une méconnaissance de ces systèmes, avec l’idée erronée qu’ils doivent être réservés aux patients un peu déséquilibrés, mais pas trop, et que ceux bien équilibrés n’en ont pas forcément besoin. Alors que le bénéfice sur leur qualité de vie va être important.
Un comptage précis de tous les glucides ingérés est encore une condition préalable trop souvent retenue. Certains médecins pensent encore qu’il y a un risque accru d’acidocétose, alors que les études montrent l’inverse, en tous les cas en France. Il y a aussi une insuffisance de formation à ces systèmes. Tous les diabétologues devraient être formés, pour justement combattre ces réticences.
Sur quels plans la qualité de vie est-elle améliorée ?
Il faut bien comprendre que le DT1 altère la qualité de vie et fait notamment perdre une grande partie de l’insouciance du patient (ou des parents s’il s’agit d’un enfant qui, pour beaucoup, ont, entre autres, un sommeil très altéré), en raison de tout ce qu’il faut gérer au quotidien, avec la peur d’une complication aiguë à court terme et l’angoisse de la survenue de complications chroniques à moyen ou long terme.
Les systèmes hybrides les déchargent grandement de cette charge mentale. Un des exemples les plus explicites est celui des femmes avec un DT1 qui ont vécu une grossesse sans ces systèmes, puis avec, et qui témoignent de la plus grande sérénité ressentie sous boucle fermée.
Tous les patients, quels que soient leurs profils, font-ils de bons candidats à ces systèmes hybrides ?
En théorie, le patient doit être un minimum investi car il doit encore déclarer ses glucides et ses activités physiques. Néanmoins, les patients très déséquilibrés qui, de toute façon, ne s’en préoccupaient pas, sont aussi améliorés par ces systèmes hybrides : nous avons de nombreux exemples de patients avec une HbA1c à 12 % et plus qui ont descendu leur taux à 9 % ou moins de manière prolongée avec un système hybride. Bien sûr, ce n’est pas encore un équilibre optimal, mais cela représente une nette amélioration, qui a un effet très positif en matière de prévention des complications à long terme. D’ailleurs, la littérature montre que ce sont les patients les plus déséquilibrés qui en profitent le plus.
C’est pourquoi ces systèmes hybrides doivent être proposés à tous les patients vivant avec un DT1, sans tomber dans le travers de se dire que tel patient le « mérite » et tel autre ne le « mérite pas ».
Comment les patients sont-ils formés ?
Les différents services de diabétologie proposent une formation aux parents, s’il s’agit d’équiper un enfant et/ou aux patients eux-mêmes (grands enfants, ados et adultes). Dans notre service, cela se passe sous la forme de deux jours de formation non consécutifs dans la semaine — le plus souvent en présentiel — avec diététicien, infirmier et diabétologue.
Il ne faut pas s’en faire un monde, car les systèmes hybrides sont de plus en plus simples et l’exigence que beaucoup avaient au départ (compter les glucides au gramme près) était sans nul doute excessive.
Une formation initiale reste indispensable et aide le patient à mieux utiliser le système et à être plus rassuré. De plus, les patients sont souvent suivis pendant au moins trois mois en télésurveillance et les soignants des prestataires de pompes peuvent les aider à adapter les paramètres et vérifier l’absence de mésusage.
Quels sont les principaux mésusages en provenance du patient ?
Cela dépend des systèmes, mais l’une des erreurs les plus fréquentes est de ne pas annoncer les glucides avant le repas, mais pendant ou après, avec le risque d’hypoglycémie que cela comporte (la pompe a déjà « envoyé » plus d’insuline en voyant la glycémie grimper, et cela s’ajoute à l’insuline envoyée suite à l’annonce trop tardive des glucides, ce qui conduit souvent à un effet yoyo de la glycémie, avec des resucrages trop importants).
Le resucrage excessif d’une hypoglycémie est, en effet, un autre mésusage fréquent : avec ces systèmes hybrides, il y a moins besoin d’absorber des glucides (souvent, 5 ou 10 grammes suffisent, soit moitié moins qu’avant) faute de quoi, cela entraîne un rebond d’hyperglycémie.
Et ceux liés à une mauvaise utilisation du système hybride ?
Laisser le système hybride repasser en mode manuel sans y prêter attention est une erreur assez fréquente, particulièrement avec certains systèmes.
On voit ainsi un certain nombre de patients ne pas réagir suffisamment tôt devant des hyperglycémies prolongées, qui résultent souvent d’un pod ou d’un cathéter bouché, avec ce sentiment erroné que le système automatique va corriger la situation ! Ces évènements déclenchent une alarme dont certains patients ne tiennent pas compte.
À l’inverse, certains patients ne font pas suffisamment confiance au système hybride et font des bolus d’insuline en plus, ce qui augmente le risque d’hypoglycémie. Le suivi initial est crucial pour identifier tous ces mésusages et aider les patients à être à l’aise avec leur système hybride. Cela se règle le plus souvent assez facilement et il est bien plus simple de les utiliser qu’un système de pompe en boucle ouverte.
Peut-on espérer voir tous les patients ainsi équipés, retrouver un bon équilibre glycémique ?
Pour la majorité d’entre eux, oui, mais il ne faut pas oublier de tenir compte d’où on part ! Les recommandations internationales préconisent de passer au moins 70 % du temps dans la cible, mais tout le monde n’y arrive pas. Ce n’est pas un dogme et c’est l’amélioration obtenue qui doit primer.
Ce n’est donc pas un échec si le patient est à 60 % alors qu’il « part » de 35 % par exemple. Regarder la situation dans sa globalité est essentiel pour ne pas transformer ce qui est un succès pour le patient, en échec du point de vue du soignant.
Dans mon expérience, ces systèmes permettent à une grande majorité de patients avec un DT1 d’être bien équilibrés, de vivre un peu moins difficilement leur diabète et, pour certains, d’acquérir une certaine autonomie qui permet de réduire leur suivi quand tout va bien, et ainsi libérer du temps pour ceux pour qui cela reste compliqué.
Avec le temps, les indications vont s’élargir et ces systèmes seront ce qu’il y a de mieux pour tous les patients — également avec un DT2- en basal bolus, sous pompe ou en multi-injections : eux aussi seront de bons candidats à la boucle fermée.
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