La reprise observée en 2021 en particulier chez les plus jeunes est-elle surprenante ?
Dr A. B.-C. : On sait que ce n’est pas en un an que l’on va complètement transformer l’attitude des prescripteurs, et que c’est classiquement chez les enfants qu’on compte le plus de prescriptions d’antibiotiques. Donc avec la reprise de l’école et des épidémies hivernales – pourtant virales –, il n’est malheureusement pas complètement inattendu d’observer un retour aux niveaux de 2019, voire une surprescription d’antibiotiques en fin d’année.
La baisse des consommations d’antibiotiques en Ehpad pourrait-elle perdurer au-delà de la crise ?
Dr A. B.-C. : On peut l’espérer. Si, en 2021, la baisse des consommations observée en Ehpad est liée à l’assouplissement tardif des protocoles sanitaires, il semble que dans ces structures fermées, un changement des pratiques réel et durable se soit opéré. En dehors des Ehpad, une attention particulière aux gestes barrières continue aussi d’être portée en présence des personnes âgées – qui restent globalement les plus consommatrices d’antibiotiques.
Les généralistes sont-ils autant concernés par le rebond que les autres prescripteurs ?
Dr A. B.-C. : Les généralistes restent les plus gros prescripteurs d’antibiotiques. Toutefois, les courbes montrent un rebond des prescriptions moins marqué chez eux que chez les autres prescripteurs. Et c’est chez les généralistes qu’a été enregistrée la baisse la plus importante depuis 2011, montrant qu’ils sont très sensibilisés aux bonnes pratiques de prescription.
Simple rattrapage après une année hors norme liée au Covid ou réel tournant dans les prescriptions ? Publiées début novembre par Santé publique France (SPF), les données de consommation des antibiotiques en ville en 2021 interrogent.
Comme le rappelle l’agence, en ville, les années 2010 ont été marquées par une baisse « régulière et modérée » de l’utilisation des antibiotiques. En 2020, le phénomène s’est accéléré avec une chute historique des prescriptions et des consommations de près de 20 %. Une dynamique liée à l’épidémie de Covid-19 et aux mesures de freinage – qui ont contribué à ralentir la transmission des infections bactériennes et virales, analysait SPF l’an passé.
Mais cet effet n’aura duré qu’un temps. En 2021, « à la différence de 2020, (la crise sanitaire) n’a pas eu pour effet de réduire la consommation d’antibiotiques en ville ». Et le secteur ambulatoire a enregistré un rebond de près de 5 % des consommations d’antibiotiques et de 6 % des prescriptions par rapport à l’année précédente.
Des molécules particulièrement génératrices de résistance
Selon l’agence, cette reprise apparaît surtout due à « l’abandon progressif des mesures barrières » et au « retour de la circulation des infections hivernales courantes et des consultations médicales ». D’ailleurs, la recrudescence des antibiotiques se révèle particulièrement marquée au dernier trimestre et chez les enfants de moins de 4 ans, particulièrement soumis aux épidémies saisonnières.
Faut-il pour autant tirer la sonnette d’alarme ? D’un côté, SPF relativise. Car malgré la recrudescence, les chiffres de 2021 restent globalement inférieurs à ceux de 2019 – à hauteur de « -15,3 % en doses définies journalières (DDJ) et -16,8 % en prescriptions », précise l’agence. Autrement dit, « il serait (…) erroné de considérer que (les) résultats (de 2021) constituent un retournement de tendance ». D’autant que chez les personnes âgées vivant en Ehpad, la dynamique de baisse s’est même poursuivie (-10,3 % en DDJ et -9,6 % en prescriptions).
Toutefois, l’instance s’inquiète du type d’antibiotiques prescrits. Certes, la reprise des prescriptions concerne surtout l’amoxicilline (+12 %), et les ordonnances de fluoroquinolones sont en recul, conformément aux recommandations. Cependant, l’amoxicilline-acide clavulanique et les céphalosporines, particulièrement génératrices de résistance, ont à nouveau progressé (de 7 et 3 points respectivement).
En outre, SPF s’interroge sur le futur. Bien qu’assouplies, certaines mesures barrières « ont continué à être appliquées durant une partie de l’année 2021 ». « La reprise assez modérée de la consommation en 2021 pourrait en partie s’expliquer par (leur) impact », analyse l’agence. Ce qui pose question pour 2022 – « caractérisée par un retour à une vie sociale en grande partie dégagée des contraintes imposées par la pandémie ».
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