L’antibiorésistance est-elle plus répandue en médecine humaine ou vétérinaire ?
L’antibiorésistance est présente partout. En médecine humaine, on s’en est rendu compte tout de suite, dès l’après-guerre, car les médecins ne parvenaient plus à soigner les patients. Le nœud du problème, c’est l’échec thérapeutique. Mais chez l’animal, les vétérinaires y étaient moins confrontés, donc ils ont mis 50 ans à prendre conscience de la résistance aux antibiotiques. Ils ont cependant rattrapé leur retard très rapidement. Désormais, tous les vétérinaires savent ce qu’est qu’un SARM (Staphylococcus Aureus résistant à la méticilline).
Quels sont les antibiotiques qui continuent à poser problème chez les animaux ?
Ce sont les antibiotiques qui sont aussi utilisés chez l’homme, souvent en dernier recours, comme les céphalosporines de dernière génération et les fluoroquinolones.
Que pensez-vous du fait qu’en France, la prescription et la délivrance des antibiotiques soient effectuées par les vétérinaires ?
Il y a une prise de conscience chez les vétérinaires et les éleveurs et on observe une vraie mobilisation, hors de tout système réglementaire. Les usages ont baissé chez l’animal, sans qu’il n’y ait de mesures coercitives. Les céphalosporines de 3e génération par exemple, ont diminué de 80 % chez le porc en 3 ans et les résistances diminuent dans la filière volaille. Le plan ministériel de lutte contre l’antibiorésistance fonctionne bien. J’ai participé au groupe de travail sur le sujet avec Marisol Touraine et les médecins. Tout le monde s’accorde à dire que l’on observe des résultats tangibles en matière de réduction d’usage des antibiotiques et de baisse des résistances bactériennes. L’objectif à atteindre est fixé à -25 % d’antibiotiques d’ici 2017 et actuellement nous sommes déjà à -12,5 %. Les indicateurs sont donc au vert. Cependant, il reste des marges de progrès, notamment chez les chiens et les chats. Ce ne sont pas les mêmes enjeux que dans un élevage industriel, mais le message est aussi plus compliqué à faire passer auprès des particuliers que dans un système bien organisé comme celui des élevages.
En combien de temps la résistance peut-elle baisser si on arrête les antibiotiques dans un élevage ?
Cela baisse différemment selon les filières. C’est très rapide chez les volailles, de l’ordre de quelques mois, car c’est un système d’élevage « tout entrant, tout sortant », très encadré. En revanche, c’est plus long pour des élevages plus familiaux, où l’environnement joue un rôle important.
Quels sont les pays où l’usage des antibiotiques en élevage est le plus critique ?
Nous surveillons l’usage des antibiotiques en Europe, aux États-Unis et au Canada. Dans tous les autres pays, nous n’avons pas de données. Le Brésil par exemple, est le premier producteur exportateur de poulets, mais, même si nous avons des partenariats avec eux pour essayer de regarder quelles bactéries résistantes circulent, nous n’avons aucune information sur l’utilisation des antibiotiques et aucun plan de réduction de leur usage. La Chine, l’Inde, l’Asie en général sont probablement touchées aussi, mais nous n’avons pas encore de moyens de le vérifier.
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