Inquiète de la « pandémie silencieuse » de résistance aux antimicrobiens, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) lance un appel pour accélérer les essais de vaccins et pour optimiser l’utilisation de ceux déjà disponibles.
L’Organisation publie ce 12 juillet son premier rapport sur le pipeline de vaccins en développement pour prévenir les infections causées par des agents pathogènes bactériens résistants aux antimicrobiens (RAM). Le document « vise à orienter les investissements et la recherche de vaccins réalisables pour atténuer la résistance aux antimicrobiens », explique l’OMS dans un communiqué.
Les infections bactériennes résistantes sont associées à près de 4,95 millions de décès par an, dont 1,27 million de décès directement attribués à la RAM. Pour prévenir ces infections, les vaccins sont des « outils puissants » et ont le « potentiel de freiner la propagation des infections causées par la RAM ».
61 candidats vaccins en développement
Le rapport identifie 61 vaccins candidats à divers stades de développement clinique, dont plusieurs « en phase avancée » pour traiter les maladies répertoriées sur la liste des agents pathogènes bactériens priorisés par l'OMS a pour la R&D. Mais « la plupart ne seront pas disponibles de sitôt », avertit l’agence de l’ONU.
Pour l’heure, des vaccins sont disponibles pour quatre bactéries pathogènes prioritaires : le pneumocoque (Streptococcus pneumoniae), l'Hæmophilus influenzae type b (Hib), la tuberculose (Mycobacterium tuberculosis) et la fièvre typhoïde (Salmonella typhi). Mais les vaccins contre la première doivent être améliorés tandis que les trois autres doivent être accessibles à un plus grand nombre, souligne le rapport.
« Un accès abordable et équitable à des vaccins vitaux, tels que ceux contre le pneumocoque, est nécessaire de toute urgence pour sauver des vies et atténuer la montée de la RAM », commente la Dr Hanan Balkhy, directrice adjointe en charge de la résistance aux antimicrobiens au sein de l'OMS.
Tirer les leçons du Covid
Concernant les vaccins en développement, les candidats ne sont pas en nombre suffisant et ils ne seront pas disponibles à court terme. « Des approches disruptives sont nécessaires pour enrichir le pipeline et accélérer le développement de vaccins, encourage le Dr Haileyesus Getahun, chargé de la coordination mondiale de la résistance aux antimicrobiens de l'OMS. Les leçons tirées du développement du vaccin contre le Covid-19 et des vaccins à ARNm offrent des opportunités uniques à explorer pour développer des vaccins contre les bactéries. »
Plusieurs défis sont relevés par le rapport, et notamment la définition de populations cibles et le coût et la complexité des essais d'efficacité des vaccins. « Le développement de vaccins est coûteux et scientifiquement difficile, souvent avec des taux d'échec élevés, et pour les candidats retenus, les exigences réglementaires et de fabrication complexe nécessitent plus de temps », reconnaît la Dr Kate O'Brien, directrice du département de la vaccination, des vaccins et des produits biologiques de l'OMS.
Des efforts à mener aussi sur des antibiotiques innovants
En parallèle, l’Organisation alertait, dans un rapport publié le 22 juin, sur le développement insuffisant de traitements antibactériens pour faire face à la menace croissante de la résistance aux antibiotiques. « Depuis 2017, seuls 12 antibiotiques ont été approuvés, dont 10 appartiennent à des classes existantes dont les mécanismes de RAM sont établis », s’inquiète l’Organisation.
L’agence de l’ONU est préoccupée par le manque d’innovation. « Sur les 77 agents antibactériens en développement clinique, 45 sont des petites molécules à action directe "traditionnelles" et 32 sont des agents "non traditionnels" (anticorps monoclonaux et bactériophages) », relève le rapport. Or les antibiotiques issus des approches traditionnelles ont « désormais une durée de vie limitée avant l'apparition d'une résistance aux médicaments ». « Le rythme et le succès de l'innovation sont bien en deçà de ce dont nous avons besoin », indique le Dr Haileyesus Getahun.
En France, les sept Académies (sciences, médecine, pharmacie, chirurgie, agriculture, vétérinaire, chirurgie dentaire), réunies le 15 juin autour du thème de l’antibiorésistance, estiment également que ces « épidémies souterraines » sont l'une des grandes menaces écologiques, au même titre que le réchauffement de la planète, la pollution des eaux ou la réduction de la biodiversité. Les académiciens en appellent à « une approche mondiale de l’antibiorésistance encadrée par les grands organismes internationaux ».
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