LE V DE VICTOIRE (au pluriel !), élégamment écharpé du serpent d’Asclépios, a résonné fort au Casino de Paris. Le parrain des Victoires de la médecine était cette année le Pr Alain Carpentier, collectionneur de récompenses tout au long de sa carrière de cardiologue, qui a introduit cette « xe » édition – la 9e voulait-il dire, avec ses mots maladroits, avouant lui-même que « les discours ne sont pas sa tasse de thé ». Il a pourtant bien résumé la sonorité de la soirée qui consiste à « parler de gens que l’on connaît peu car ils sont souvent dans leurs laboratoires », en y associant les industriels aussi, car sans eux « la recherche ne serait rien ».
Tous aux boîtiers pour voter.
L’édition 2010 de la prestigieuse cérémonie a été voulue sous le signe de la transmission du savoir médical. Et c’est ce qui a guidé l’articulation de la remise des récompenses. Ainsi, un jury a sélectionné cinq lauréats parmi ceux des huit précédentes éditions. Chacun d’entre eux a reçu une Victoire pour une « première » réalisée dans sa spécialité. À son tour (il faut suivre…), il a sélectionné deux ou trois équipes, dont les travaux ont été évoqués au cours de reportages vidéo diffusés tout au long de la cérémonie. Et les médecins présents dans la salle ont alors voté, à l’aide de boîtiers électroniques.
C’est ainsi que le Pr Afshin Gangi, du CHU de Strasbourg, a ouvert les festivités en recevant une Victoire pour sa méthode innovante de guidage sous IRM. « Une méthode qui s’est depuis démocratisée, s’est-il réjoui. C’est extraordinaire que nos hôpitaux aient été mis en lumière car ils ont beaucoup investi dans nos recherches. »
Le lauréat avait dû lui-même sélectionner, dans la catégorie « technologie », trois équipes. Et c’est celle du CHRU de Lille réunissant le Dr Régis Logier, Mathieu Jeanne et le Pr Benoît Tavernier qui a finalement été choisie par les médecins. Ces scientifiques ont mis au point un moniteur qui permet d’évaluer l’état de douleur du patient au cours d’une anesthésie générale, en fonction de l’augmentation ou la diminution du rythme cardiaque.
En neurologie, c’est le travail du Pr Pascal Derkinderen, du CHU de Nantes, qui a été préféré à l’expérimentation fructueuse de musicothérapie réalisée dans le service du Dr Stéphane Guétin au CHRU de Montpellier. L’équipe de Nantes a créé une méthode d’analyse de biopsies du côlon chez des patients parkinsoniens, pour démontrer la présence et l’importance de lésions dans le cerveau de ces mêmes malades. Elle a ainsi prouvé la corrélation entre les lésions des neurones avec celles des neurones digestifs. Ces travaux pourraient permettre un diagnostic plus précoce et plus précis des maladies neurodégénératives, en guidant mieux certaines thérapeutiques, notamment la stimulation cérébrale profonde.
Le Pr Lantiéri appelle au don d’organes.
C’est le Pr Hugues Duffau, du CHU de Montpellier, qui a eu la tâche de sélectionner deux équipes pour la chirurgie. Lui-même a reçu une Victoire du jury (cette fois, présidé par la conférence des sections médicales du conseil national des universités) pour son innovation en matière de neurochirurgie éveillée et plasticité cérébrale. « La plasticité cérébrale existe bien au-delà de nos espérances », a-t-il confirmé, ajoutant que de 300 à 400 patients en France ont pu bénéficier de cette technique (plus de 2 000 dans le monde). « Le cerveau est magique ». Les Victoires ont apporté à son équipe « une meilleure lisibilité institutionnelle », a-t-il reconnu.
Il a ensuite remis, suivant la décision des jurés de la soirée, la Victoire de la chirurgie au Pr Stéphan Haulon, du CHRU de Lille. « Le Pr Haulon, c’est mon sauveur », s’exclame dans le documentaire un patient chez qui on a implanté une prothèse « multibranche » qui s’adapte parfaitement à la forme de l’aorte et à toutes les ramifications y naissant. « La complication technique consiste en l’alignement parfait de ces branches avec les artères cibles », explique le lauréat. Mais « dans plus de 90 % des cas, les suites opératoires sont simples comparativement à une chirurgie classique. En Europe, nous sommes les leaders, en France 6 CHU ont pu développer cette technique ».
Un coup de chapeau a été donné au Pr Laurent Lantiéri, chef de service à l’hôpital Henri Mondor à Créteil, pour sa première mondiale de greffe totale de la face avec les paupières et tout le système lacrymal sur un jeune homme de 35 ans. « Il fait ses courses de Noël tranquillement », sourit le Pr Lantiéri en recevant son prix. Âgé de 47 ans, il est le spécialiste plus expérimenté au monde dans cette discipline. Modeste, il se considère pourtant avant tout comme un « artisan ». « Je vois cette aventure comme l’une des plus grandes du XXIe siècle, à l’image de la conquête de la lune. Bien sûr, il y a un apport direct au patient mais aussi tout le reste (de la médecine) qui peut bénéficier des innovations en chirurgie ». Abordant les difficultés éthiques que soulèvent ces greffes, il a également évoqué un projet aux États-Unis. Lui et son équipe ont été approchés par des Américains pour envisager un programme de greffes de GIs blessés en Irak. Et puis il a surtout insisté sur la nécessaire promotion du don d’organes.
Les Victoires de la médecine... à la télé ?
Le Pr Alain Carpentier a tenu à remettre lui-même une Victoire au Pr Alain Cribier, son « disciple » en quelque sorte, pour sa réussite de l’implantation non chirurgicale d’une valve cardiaque. « Il est l’exemple même de ces médecins qui se sont saisis des outils chirurgicaux pour mieux traiter leurs malades. Vous avez donné un second souffle à mon invention il y a 40 ans (la bioprothèse) ». Pour le lauréat, « Recevoir ce trophée de ces mains (fut) une émotion particulière car le Pr Carpentier a été un modèle pour moi ».
Dans l’atypique catégorie Réseaux de soins, c’est le Pr Maurice Giroud, du CHU de Dijon, qui est monté sur la scène pour recevoir la Victoire. Elle récompense son réseau Bourgogne-AVC.
Enfin, la Victoire de la cancérologie a été remise au Dr Sylvain Morinière, qui a inventé à Tours un robot pour opérer les cancers ORL par la bouche. « Nous avons opéré le 20e patient il y a trois semaines », a raconté le lauréat. Depuis deux ans, une dizaine de CHU se sont mis à la méthode et 80 à 100 patients ont pu en profiter.
Le ministre du Travail et de la Santé, Xavier Bertrand, a fait un passage éclair mais remarqué sur la scène du Casino de Paris en fin de soirée. Un peu comme chez lui, parmi les médecins qu’il avait quittés et qu’il vient de retrouver depuis le remaniement ministériel, il a milité, très à l’aise, pour la diffusion de cette cérémonie à la télévision à une heure de grande écoute. « Ce serait le moyen de montrer aux Français qu’ils ont une médecine d’excellence, de leur redonner espoir en l’avenir. Je veux mettre toute mon énergie à la reconnaissance à laquelle vous avez droit, pour que nous puissions continuer à vivre dans le meilleur système de santé au monde ».
C’est lui qui a d’ailleurs remis le dernier prix de la soirée, le prix spécial « Ville santé OMS », décerné à Marseille pour son initiative éducative aux gestes qui sauvent. Marseille a installé en 2007 des défibrillateurs dans toute la ville et offre des séances de formation aux adultes et aux enfants.
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