ON ESTIME entre 40 000 et 50 000 le nombre de morts subites chaque année en France. Le taux de survie des arrêts cardiaques extra-hospitaliers ne dépassait pas ces dernières années 2 à 3 %, avec des séquelles dans la moitié des cas. La majorité (80 %) de ces arrêts cardiaques surviennent au domicile, le plus souvent en présence d’un témoin. Mais les témoins mettent en général 4 à 6 minutes avant de reconnaitre l’arrêt cardiaque et d’appeler les secours (qui interviennent en 10 à 30 minutes), et seulement un témoin sur quatre met en route des manœuvres de réanimation. « Or le taux de décès augmente de10 % pour chaque minute qui passe, rappelle le Pr Claude Le Feuvre, ce qui a conduit, par Décret du 4 mai 2007, à autoriser le public à utiliser un défibrillateur ». La campagne « 1 vie = 3 gestes », initiée en 2008 par la Fédération française de cardiologie et réalisée en partenariat avec les principaux acteurs de la santé, vise à augmenter de 3 à 10 % le nombre de personnes sauvées chaque année. Ce qui passe d’une part par la mise à disposition de défibrillateurs et, d’autre part, par l’augmentation du nombre de français formés aux gestes qui sauvent.
« En France, nous sommes très en retard par rapport à des pays comme l’Autriche, l’Allemagne ou la Suède, où 90 % des personnes sont formées aux gestes de réanimation. La ville de Seattle aux Etats-Unis est emblématique, puisque quasiment toute la population formée et le taux de survie est de 30 %. Dans les casinos de Las Vegas, où de nombreux défibrillateurs sont disponibles, le taux de survie est de 38 % et atteint 74 % lorsque l’arrêt cardiaque est lié à une fibrillation ventriculaire. En France, cet enseignement est au programme scolaire mais sa mise en œuvre dépend des enseignants. Une solution pour accroître le nombre de personnes capables de prodiguer les premiers gestes pourrait être d’intégrer la formation à la Journée d’appel à la Défense. Nous incitons plutôt à développer des formations courtes, de trente minutes, dans l’espoir qu’une part importante de la population pourra, à terme, être formée ».
Les médecins ont bien sûr un rôle majeur à jouer dans ce domaine, notamment les cardiologues qui doivent inciter les familles de patients coronariens à se former aux gestes qui sauvent.
Des progrès ont déjà été réalisés depuis la mise en place de la campagne grand public. Selon un sondage effectué sur la connaissance de ces gestes, en 2007 puis en 2010, le nombre de personnes citant « appeler » est passé de 88% à 90%, celui de sujets citant « masser » est passé de 30% à 50%. Et c’est sur la notion de défibrillation que les avancées les plus nettes sont observées, puisqu’elle est citée par 23% des personnes interrogées en 2010 contre seulement 1% en 2007. « Mais en 2010, seulement 10% des personnes interrogées citent les trois gestes, de gros progrès restent donc à faire », insiste le Pr Le Feuvre.
Mieux localiser les défibrillateurs.
Le nombre de défibrillateurs a par contre très fortement augmenté passant de 1 800 avant la campagne à quelques 60 000 aujourd’hui. Cela a été possible grâce à la réactivité des mairies et des entreprises, et à l’aide apportée par les industriels. Mais augmenter le nombre de défibrillateurs ne suffit pas, encore faut-il savoir où ils se trouvent. Il faut améliorer la signalétique dans les lieux publics et s’appuyer sur les nouveaux modes de communication. Une application iPhone est en développement et on peut imaginer que le samu puisse indiquer très précisément par téléphone à un témoin où se trouve le défibrillateur le plus proche.
Dans une démarche commune avec 23 associations, la Fédération française de cardiologie organise à Lyon début 2012 des Etats Généraux sur le thème « Que faire face à l’accident cardio-vasculaire ? ». Un livre blanc sera ensuite remis au Ministère chargé de la santé.
D’après un entretien avec le Pr Claude Le Feuvre, institut de cardiologie, groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, président de la Fédération française de cardiologie.
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