Couverture vaccinale, accès aux soins, suivi des grossesses, mortalité néonatale et infantile, santé bucco-dentaire...Tous les indicateurs de santé de la communauté rom de France sont dans le rouge, d’abord en raison de conditions de vie précaires.
COMMUNAUTÉ de 12 millions de personnes dans le monde, les Roms (ou « Roms migrants », personnes en situation précaire originaires de Roumanie, Bulgarie, ou d’ex-Yougoslavie, émigrées depuis les années 1990) sont entre 10 000 et 15 000 à vivre en France, dont 5 000 en Ile-de-France.
Leurs conditions de vie sont marquées par une extrême précarité : rare accès à l’eau potable, absence de sanitaires, habitats fragiles (cabanes, caravanes) sur des terrains pollués aux marges des villes, ressources aléatoires, déscolarisation des enfants (seuls 60 % des enfants de 6 à 16 ans vont à l’école)...
Conséquence directe, leurs indicateurs de santé sont particulièrement dégradés. « Les Roms souffrent de problèmes de santé en lien avec cette extrême précarité, et non parce qu’ils sont Roms », précise le Dr Jean-François Corty, directeur des missions France de Médecins du Monde (MDM).
Tuberculose.
Selon lerapport d’enquête sur la couverture vaccinale des populations Roms rencontrées par les équipes de MDM, publié en juillet 2011, la mortalité néonatale (0-1 mois) est 9 fois plus importante que dans la moyenne française, et la mortalité infantile (0-12 mois), 5 fois plus élevée. Seulement 10 % des femmes ont recours à la contraception. Une femme sur 10 est suivie lors de sa grossesse, et encore, tardivement.
Les intervenants de MDM ont constaté que le calendrier vaccinal n’est à jour que pour 8 % de Roms. À peine plus de 70 % des enfants de moins de 2 ans sont vaccinés contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP, pourtant obligatoire), 65 % ont reçu le BCG. Les taux de couverture vaccinale sont bien moindres contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR, 55 %), l’hæmophilus (52 %), la tuberculose (42 %), le pneumocoque (13 %). Un tiers des moins de 6 ans est suivi dans les services de protection maternelle et infantile (PMI).
En lien avec leurs conditions de vie, les Roms souffrent de problèmes respiratoires et sont sujets à des pathologies gastro-intestinales (diarrhées) et cutanées (gale). Une recrudescence des cas de tuberculose a été observée : en 2010, en Seine-Saint-Denis, le taux de tuberculose diagnostiqué était de 2,8 %. D’après le rapport de l’Observatoire régional de santé d’Ile-de-France de janvier 2012, qui reprend les chiffres d’une enquête conduite à Gennevilliers auprès de 78 personnes Roms de nationalité roumaine, la surcharge pondérale touche 40 % d’entre eux, 19 % des hommes souffrent d’hypertension, 45 % présentent un problème dentaire. « La moitié des personnes que nous rencontrons dans nos missions ont besoin d’un suivi médical de plus de 6 mois », ajoute le Dr Corty.
Accès aux soins déplorable.
Selon MDM, seulement 7 % des personnes éligibles à l’Aide médicale d’État (AME) ont des droits effectivement ouverts. Les Roms grossissent les rangs des exclus du dispositif. Parce qu’ils n’ont pas connaissance de leurs droits, maîtrisent mal la langue Française, ou ne peuvent prouver leur domiciliation, ils sollicitent très peu cette aide. En outre, certaines caisses primaires tendent à adopter des pratiques abusives, dénonce le rapport 2013 du « collectif national droits de l’homme Romeurope ». Et d’épingler la caisse de Strasbourg, qui exige des ressortissants roumains un document attestant leur non-affiliation à la Sécurité sociale de leur pays d’origine.
De même, les pratiques des préfectures et des agences régionales de santé (ARS), inégales selon les territoires, peuvent freiner l’instruction des demandes de titre de séjour pour soins (CESEDA). Les Roms rencontrent alors de grandes difficultés à accéder aux structures de soins dédiées aux précaires, comme les permanences d’accès aux soins de santé (PASS). « Les PASS comme les PMI sont parfois hospitalo-centrées : elles ne se rendent pas assez sur le terrain auprès des gens », critique le Dr Corty.
L’urgence de la prévention.
Les évacuations de campements sont souvent désignées par les associatifs et élus engagés auprès des Roms comme un facteur de dégradation de leur santé. Outre le stress et l’angoisse qu’elles suscitent, elles ravagent les efforts des acteurs de terrain. La circulaire Valls du d’août 2012 impose en cas de démantèlement de réaliser des diagnostics et de proposer des solutions d’hébergement. « Les diagnostics sont mal faits, et sont davantage des recensements administratifs. Les enfants sont parfois mis à l’abri mais dans la plupart des évacuations, il n’y a aucune dimension sanitaire », accuse Laurent El Ghozi, maire adjoint (socialiste) de Nanterre, président de la Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes et les gens du voyage (FNASAT).
L’élu milite pour la généralisation des médiations sanitaires, expérimentées avec succès dans quatre communes. Grâce à l’information et la prévention, les carnets de santé ont été suivis à 80 %, les femmes enceintes prises en charge dès les premiers mois de leur grossesse, la couverture vaccinale a grimpé. « Il n’y a pas de fatalité, assure Laurent El Ghozi. Comme le montre MDM, plus de 90 % des Roms qu’on informe veulent se faire vacciner. Ces médiations sont un trait d’union entre deux mondes - les Roms et notre système de santé - qui ont peur l’un de l’autre ».
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