Tribune libre
ON A PARLÉ, au cours du grand débat des derniers mois sur la sécurité des médicaments, de la transfusion sanguine. Or, plus que jamais, la transfusion demeure une thérapeutique à part entière, sauvant des milliers de vies, mais gardant de fait sa dangerosité potentielle.
À ce jour, dans une réflexion de santé publique, trois éléments sont à considérer :
– le premier est la certitude qu’aucun sang artificiel ne sera disponible avant de longues années, ce qui rend les dons de sang plus que jamais indispensables ;
– le deuxième est que l’on transfuse de plus en plus souvent, car une grande partie de la population atteint désormais des âges avancés, avec des pathologies requérant de plus en plus d’actes transfusionnels ;
– le troisième est que la possibilité d’émergence d’un agent infectieux de transmission sanguine persiste, et ce risque pourrait aller croissant en raison de la majoration régulière des causes d’émergence virale que sont les voyages, l’immigration, ou encore la mondialisation industrielle médicale, sans parler des paramètres imprévisibles liés à l’origine humaine des produits sanguins, spécialement dans les pays où le sang est acheté à des donneurs rémunérés.
Il serait d’une haute gravité de ne pas tenir compte d’épisodes dramatiques passés. Il est essentiel de ne pas laisser livré à lui-même, comme le fut le CNTS du Dr Garretta, l’organisme qui a aujourd’hui le monopole de la collecte des dons de sang et de la cession des produits sanguins aux hôpitaux, sous peine de recréer les conditions qui ont conduit aux dérives transfusionnelles d’autrefois. Cet organisme, dont les activités portent sur la totalité du territoire, est l’Établissement français du sang (EFS).
Au lendemain de l’affaire du sang contaminé, les autorités de santé ont créé l’Institut national de la transfusion sanguine (INTS), structure chargée de recherche, de référence et d’enseignement, et ce dans l’indépendance indispensable par rapport à l’organisme producteur des produits sanguins. Il dispose des experts, des compétences et des laboratoires pouvant veiller à la sécurité transfusionnelle sans être juge et partie, sans être soumis aux impératifs économiques et de marché.
Quant aux médicaments dérivés du sang, obtenus par le fractionnement du plasma, il existe actuellement une forte pression pour que les firmes pharmaceutiques internationales puissent avoir accès au plasma des donneurs français. Le danger est que cette pression conduise à remettre en cause le principe du bénévolat des dons et à l’instauration de « dons rémunérés », autrement dit à la possibilité de vente de son sang par l’individu. Les conséquences de telles prestations à titre commercial, dont l’éthique serait bannie, seraient lourdes pour la sécurité du donneur, pour celle du transfusé et pour la société en général.
Courant octobre, il a été question de l’importation en France de plasmas « thérapeutiques » (destinés à être transfusés directement à des malades et non poolés pour fabriquer des « médicaments issus du plasma »). Ces plasmas auraient été inactivés sur le plan infectieux par une firme étrangère (Octopharma) mais leur origine « éthique » (bénévolat) n’était pas garantie.
Cette situation était générée par plusieurs causes. L’usine du site EFS de Bordeaux avait un matériel ancien et non renouvelé depuis des années : un risque de toxicité est apparu pour les plasmas « inactivés » qu’elle produisait ; actuellement, il apparaît que cette usine n’est plus fonctionnelle. Le plasma inactivé par bleu de méthylène a été la cause de chocs allergiques, parfois mortels : l’Agence du médicament a pris la décision de l’interdire mais a été contrainte de différer son application pour satisfaire à la demande en plasmas thérapeutiques. En fin de compte, le ministre a pris la décision d’interdire à l’EFS toute importation et de maintenir un fonctionnement basé sur l’autosuffisance nationale en plasmas thérapeutiques.
Situation de carence.
Comme conséquence d’une politique prévisionnelle insuffisante en termes de recrutement de nouveaux donneurs de sang et de fidélisation de ceux qui donnent leur sang pour la première fois, l’EFS crée – ce qui n’a jamais été vu dans l’histoire de la transfusion française – une situation de carence en produits sanguins qui se révèle d’autant plus dangereuse qu’elle s’accentue de mois en mois.
Beaucoup de paramètres sont en cause, le plus récent étant le désistement de nombreux donneurs bénévoles et réguliers lorsqu’ils ont appris, ces derniers temps, que l’EFS envisageait d’acheter des produits sanguins à l’étranger, renonçant à l’éthique qui a toujours prévalu pour le système transfusionnel français.
La situation est préoccupante, d’autant que nous sommes à la veille d’une période peu propice aux dons de sang (hiver, approche des fêtes, crise, etc.). Faute d’un changement radical de politique à l’EFS, et sans changement profond vers une politique active de recrutement de nouveaux donneurs, la transfusion pourrait ne plus parvenir à accomplir sa mission première : sauver des vies. La décision appartient désormais aux instances politiques.
* Directeur général de l’Institut national de la transfusion sanguine (INTS), président de la Société française de transfusion sanguine.
** Professeur d’hématologie biologique, CHU d’Amiens, Département des agents transmissibles par le sang, INTS.
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