L’ENQUÊTE ENEIS (Enquête nationale sur les événements indésirables graves associés aux soins) avait permis de mesurer l’ampleur du problème : chaque année en France, entre 275 000 et 395 000 événements indésirables graves se produisent (5,3 et 7,1 événements pour 1 000 jours d’hospitalisation). Parmi eux, entre 95 000 et 180 000 seraient évitables. Ces EIS, définis comme un événement défavorable pour le patient, consécutif aux stratégies et actes de diagnostics et de traitements et ne relevant pas d’une évolution naturelle de la maladie, ont aussi un coût économique.
L’étude de Clément Nestrigue et Zeynep Or fournit les premières estimations nationales du surcoût engendré par, indiquent les auteurs, « les défaillances dans l’organisation et le processus de soins à l’hôpital » conduisant à ces EIS. Neuf indicateurs de sécurité des patients nécessitant une attention particulière et sur lesquels il est possible d’intervenir en amont ont été retenus dans le PMSI (base de données du Programme de médicalisation des systèmes d’information). L’analyse a été réalisée en exploitant les données hospitalières collectées en routine : PMSI, qui couvre l’ensemble des établissements hospitaliers publics et privés, et ENCC (Étude nationale de coûts à méthodologie commune), qui couvre 99 établissements volontaires (42 publics et 13 privés).
Estimation minorée.
Les résultats montrent que 0,5 % des séjours sont associés à l’un ou l’autre des 9 événements indésirables mesurés. Au niveau national, les escarres de décubitus enregistrent l’effectif le plus important, avec 29 938 séjours mais arrivent en deuxième position pour ce qui est de la prévalence (rapporté à la population exposée), derrière les désordres physiologiques et métaboliques postopératoires (26 276 séjours pour 2 781 628 personnes exposées), soit 7,8 % contre 9,45 %.
En termes de surcoût, la prise en charge des 9 événements indésirables sélectionnés a été évaluée à 682 millions d’euros pour l’ensemble des établissements hospitaliers en 2007. « Plusieurs facteurs laissent penser que notre estimation minore les coûts », soulignent les auteurs. Ils rappellent que certains événements indésirables, comme les complications liées aux médicaments, ne sont pas pris en compte, faute de mesures standardisées. Par ailleurs, les estimations n’intègrent que les coûts directs de prise en charge et du point de vue de l’hôpital. Une évaluation économique complète devrait également inclure, selon les auteurs, les « coûts directs et indirects subis par les patients après l’hospitalisation, comme les charges médicales, le coût de la perte de productivité, le nombre de jours non travaillés et les conséquences économiques d’une dégradation de la qualité de vie ».
Fortes disparités.
L’étude révèle par ailleurs de fortes disparités entre les coûts des différents événements indésirables, de 500 euros pour les traumatismes obstétricaux à environ 20 000 euros pour les septicémies. Pour un même événement, les coûts moyens peuvent aussi varier, parfois du simple à plus du double. Le coût moyen de la prise en charge d’une infection est par exemple de 10 950 euros, avec des variations allant de 9 000 à plus de 20 000 euros.
Malgré un taux de prévalence élevé (4 pour 1 000), le coût total des traumatismes obstétricaux du vagin lors d’un accouchement est relativement faible, de l’ordre de 1,5 million. En revanche, une difficulté technique lors d’une procédure de soins (lacération ou piqûre accidentelle), événement plus rare (0,89 pour 1 000), représente un coût de 9 millions d’euros. L’oubli d’un corps étranger totalise le nombre de séjours le plus faible, soit 644 dont 173 pour lesquels il est directement la cause de l’hospitalisation, et a coûté 1 million en 2007.
Parmi les 9 événements choisis, 4 représentent plus de 90 % du surcoût total : les désordres physiologiques et métaboliques postopératoires (260 millions soit 40 % du coût total), les septicémies postopératoires (155 millions soit 22 % du coût total), les escarres (136 millions d’euros) et les embolies pulmonaires postopératoires (70 millions d’euros).
Ces surcoûts sont bien sûr étroitement corrélés avec l’allongement des durées de séjours et varient en fonction de l’EIS : près de 20 jours pour une septicémie ; 0,7 jour pour un traumatisme obstétrical lors d’un accouchement normal. L’infection ou l’escarre sont les deux événements à l’origine d’un allongement de la durée de séjour le plus important, respectivement 3 et 4 fois plus que la moyenne soit 14,7 et 11,2 jours. Le surcoût dépend enfin de l’intensité des soins requis pour la prise en charge de l’événement indésirable : le coût pour une infection est identique à celui d’un désordre physiologique postopératoire, malgré des séjours deux fois plus longs.
« Questions d’économie de la santé », n° 171, décembre 2011 (http://www.irdes.fr/Publications/2011/Qes171.pdf).
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