PAR LE Pr BERTRAND CHEVALLIER*
MALGRÉ LEUR IMPORTANCE, les accidents de la vie courante (AcVc) n’occupent pas la place qui pourrait leur revenir dans les préoccupations de santé publique. Cela est peut-être le reflet, ou la conséquence, d’une médiocre perception du risque qu’ils constituent. Dans les enquêtes du baromètre santé de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, les accidents domestiques, de sport et de loisirs et à l’école n’arrivent qu’en 9e, 10e et 12e position dans les craintes pour la santé chez les 12-25 ans. Pour expliquer le relatif manque d’intérêt pour les AcVC, on peut avancer différentes raisons : l’accident est considéré comme « inévitable » parce que justement « c’est un accident », on se réfugie ici dans l’acceptation d’une sorte de fatalité. Cette conception ancestrale s’oppose à la conception « maîtrise de destin », ou « possibilité de prévention ».
La diversité des circonstances de survenue des AcVC contribue à brouiller la perception de leur importance. Les noyades, accidents de bricolage, chutes en parapente, accidents de cheval ou de rugby, brûlures, etc. ont en effet peu de points communs. On peut évoquer aussi des réflexes de refus par rapport à des recommandations de protection ou de prévention, vécues comme limitant la liberté individuelle ou le plaisir de certaines activités.
Le développement de l’épidémiologie, la mobilisation de certains des pédiatres qui avaient à prendre en charge quotidiennement des centaines d’enfants blessés et traumatisés, la sensibilité personnelle des responsables politiques, ont permis, au cours des années 1980, de leur donner de la visibilité et de faire reconnaître le caractère intolérable de cette situation. Les mesures prises ne se situaient pas uniquement dans le champ sanitaire, mais faisaient appel à la mobilisation interdisciplinaire de différents spécialistes : médecins, architectes, urbanistes, ingénieurs.
Les accidents de la vie courante désignent une catégorie de traumatismes, dont la nature est étroitement liée à la modification permanente de nos modes de vie : mise sur le marché de produits issus de technologies complexes, évolution des loisirs et de l’habitat. La réflexion sur les accidents est pluridisciplinaire mais aussi intersectorielle. Elle fait appel à des démarches structurelles et organisationnelles (mesures réglementaires et législatives, politique d’aménagement de la ville, d’équipements…) mais aussi informatives et éducatives, d’une très grande diversité en termes de compétences requises. L’éducation pour la santé peut aider les familles à investir cette mission. Cependant, les parents ne sont pas en mesure d’assurer à eux seuls cette « sécurisation ». Celle-ci passe aussi par la définition et la mise en œuvre de normes concernant tant les objets et produits que les espaces de vie. Elle suppose également l’accès de tous à des produits et espaces sécurisés. Pour conduire une politique de prévention des accidents à la fois adaptée et efficace, deux conditions essentielles sont donc à réunir : une connaissance actualisée des risques, grâce à un recueil permanent de données, et une exploitation rapide et une diffusion large de ces résultats, un travail pluri-institutionnel permettant de prendre en compte toutes les dimensions nécessaires à la maîtrise des risques.
Des programmes de santé communautaire.
L’OMS s’inscrit dans ce cadre, à travers certains de ses programmes visant la promotion de la sécurité « safe community ». L’implication voulue de l’ensemble des membres de la communauté implique une approche consensuelle des priorités, cibles de la mobilisation de l’ensemble de la communauté pour la définition de stratégies de prévention efficaces. L’évaluation de plus de trente actions communautaires menées dans 18 pays du monde apporte des éléments utiles à la réflexion pour des actions futures. L’exemple de l’action menée à Boulogne-Billancourt (1998-2002) illustre bien les préoccupations différentes des membres de la communauté : la définition des priorités fixées par les autorités politiques et/ou administratives, les parents ou les acteurs médico-sociaux diffèrent bien souvent des informations apportées par les données épidémiologiques. Alors que l’analyse des données épidémiologiques indiquait la nécessité d’aborder prioritairement certains mécanismes accidentels tels les défenestrations (31 %), les incendies d’habitation (19 %) et les morsures d’animaux (9 %), l’interrogation des familles met en avant les brûlures (25 %), les intoxications par médicaments ou produits ménagers (22 %), les acteurs de santé communautaires privilégient les brûlures (31 %) et les corps étrangers (19 %), les politiques appuient sur les accidents de la vie scolaire (34 %) et de sport et de loisirs (27 %). L’influence des lobbys privilégiant les libertés individuelles freine la mise en place de réglementation dont l’application à démontré une efficacité indiscutable : il en est aussi des barrières de piscine et de l’installation de détecteurs de fumée dont le délai entre le principe et son application dépasse parfois une dizaine d’années en France contre un à trois ans au Royaume-Uni ou au Danemark.
Ces programmes de santé communautaire ont fait la preuve de leur efficacité : l`une des conditions de leur succès est la définition des priorités d’action qui conduit à une implication forte de l’ensemble de la communauté. L`approche épidémiologique pure non comprise par la population est un frein identifié à l’efficacité. A l’inverse, une approche uniquement communautaire peut ne pas tenir compte des données éthiques et équitables et ne conduit pas aux résultats attendus pour les populations les plus à risques et souvent les moins accessibles à une prévention trop généralisée.
* Pole pédiatrique des hôpitaux universitaires, Ile-de-France–Ouest, hôpital APHP Ambroise-Paré, Boulogne-Billancourt.
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