Pour le Dr André Linka, généraliste à Istres, c’est l’ineptie de trop. Le médecin a envoyé en juin une lettre ouverte à Agnès Buzyn, au patron de l'Assurance-maladie Nicolas Revel, à l'Ordre des médecins, et à sa CPAM pour démontrer l’absurdité et l’inefficacité des ordonnances sécurisées.
Le point de départ de sa colère ? Une expérience récente avec l’une de ses patientes. Cette femme de 52 ans venait régulièrement se faire prescrire du zolpidem, pour elle ou pour son père mais toujours sans sa carte Vitale. Suspectant une toxicomanie, lors d’une consultation en avril, le généraliste est parvenu à obtenir qu'elle lui donne sa carte Vitale. Surprise : il a découvert qu’en 15 jours, elle s’était fait prescrire un total de 1 476 comprimés d’anxiolytiques, hypnotiques, antidépresseurs et antalgiques divers, « le tout en ALD bien sûr, et en tiers payant », précise le Dr Linka dans sa lettre.
L'inutilité des ordonnances sécurisées
Le zolpidem faisant l’objet d’une mesure de restriction de prescription particulière à cause de mésusages, les généralistes doivent utiliser des ordonnances sécurisées pour le prescrire. Pour le Dr Linka, cet épisode montre bien l’inutilité de ce genre de procédure. « Ça nous pourrit la vie, ça nous fait perdre un temps fou, mais ça n’est en rien efficace », peste le Dr Linka, joint par le généraliste. Le praticien ajoute qu’elles sont aussi une source de conflit avec les pharmaciens, « parce qu’on oublie parfois qu’il faut tel type d’ordonnance, on rajoute une prescription à la fin, à la main et les pharmaciens nous le reprochent ». Le généraliste estime par ailleurs que le fond du problème ne vient pas de la sécurisation des ordonnances : « Je suis informatisé depuis 1999, mes ordonnances sont faites sur ordinateur avec mon code etc, je défie quiconque de les falsifier. »
Le dossier pharmaceutique comme solution
Ordonnance sécurisée ou pas, le généraliste soulève le problème de patients qui multiplient les rendez-vous chez différents médecins, changent de pharmacie à chaque fois pour pouvoir multiplier les prescriptions. « Il y en a plein des patients comme ça qui mentent comme des arracheurs de dents, ont toujours une bonne excuse pour justifier une nouvelle ordonnance. Le pire c’est avec le Subutex, il y a un véritable trafic », explique-t-il. La Caisse primaire des Bouches-du-Rhône est pour l’instant la seule instance à avoir répondu au Dr Linka. Dans ce courrier, elle indique que la patiente en question s’était vue prescrire 526 boîtes d’anxiolytiques et 568 de paracétamol codéiné en un an. Mais le généraliste estime que la CPAM ne lui a pas répondu sur l’urgence du problème. Selon lui, la solution se situe au niveau des pharmacies « avec le dossier pharmaceutique » : « le pharmacien qui scanne toutes les boîtes a la possibilité de voir simplement et rapidement l’historique des prescriptions. Il pourrait y avoir une fenêtre pop-up qui s’ouvre et informe le pharmacien quand on dépasse une limite afin qu’il dise stop au patient. »
Déçu de la réponse de la CPAM, le généraliste attend maintenant une action des pouvoirs publics.
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