L'analyse de l'ADN tumoral circulant permettrait de déterminer si une femme sera ou non répondeuse au palbociclib (un inhibiteur de CDK4/6) après seulement 2 semaines de traitement (contre 2 à 3 mois actuellement). Telle est la conclusion d'une étude menée par des chercheurs britanniques et américains, dont les résultats sont publiés dans « Nature Communications ».
« Cette étude est assez emblématique de ce qu'il se passe actuellement dans la prise en charge des cancers du sein, car le palbociclib appartient à une nouvelle classe thérapeutique qui a révolutionné la prise en charge des cancers hormonosensibles », indique au « Quotidien » le Dr Mahasti Saghatchian de l'institut Gustave-Roussy. Le palbociclib dispose d'une autorisation temporaire d'utilisation (ATU), en attendant que son prix soit fixé.
Les échantillons de plasma analysés provenaient de l'étude de phase III PALOMA-3. Cette étude a montré le bénéfice de l'association palbociclib-fulvestrant par rapport à l'association fulvestrant-placebo chez des femmes atteintes de cancer du sein localement avancé ou métastatique, positif aux récepteurs hormonaux et HER2 négatif, traitées préalablement par hormonothérapie. Toutefois, le palbociclib n'est pas efficace chez toutes les patientes, et cette étude n'a pas permis d'identifier le profil des femmes pour lesquelles il se révèle bénéfique.
Le taux d'ADN circulant des tumeurs mutées PIK3CA prédit la réponse au palbociclib
Les variations d'ADN circulant ont été analysées pour voir si elles étaient corrélées à l'efficacité du traitement. Deux mutations tumorales ont été étudiées : PIK3CA et ESR1. Le plasma de 73 femmes porteuses de la mutation PIK3CA a été analysé. Pour les femmes présentant une faible baisse de l'ADN circulant à 15 jours, la survie sans progression médiane était de 4,1 mois, alors qu'elle était de 11,2 mois chez celles présentant une forte réduction du taux d'ADN circulant. Ceci suggère que le taux d'ADN circulant en cas de tumeur mutée PIK3CA prédit la sensibilité au palbociclib après 15 jours de traitement. En revanche, l'analyse des 65 patientes porteuses de la mutation ESR1 ne parvient pas à la même conclusion.
« Cette étude fournit des pistes pour évaluer quelles seraient les patientes sensibles ou non au traitement. Aujourd'hui, l'efficacité du palbociclib est limitée, car on ne sait pas à l'avance quelles patientes seront répondeuses. La cible du palbociclib est très large, nous avons donc tout intérêt à cibler les femmes plutôt que de le donner à toutes, avec un bénéfice limité et une perte de temps pour celles qui ne répondent pas », estime le Dr Mahasti Saghatchian de l'institut Gustave-Roussy.
Un test non invasif pour adapter la prise en charge
Le fait d'identifier rapidement les femmes ne répondent pas au traitement via un test non invasif pourrait permettre d'adapter la prise en charge de manière précoce.
« Ces résultats suggèrent que l'ADN circulant précoce peut fournir un biomarqueur fiable pour les inhibiteurs de CDK4/6 et montrent une réponse divergente au traitement selon les sous-clones tumoraux », indiquent les auteurs. « Jusqu'à maintenant, il n'avait pas été identifié de facteurs biologiques suffisamment prédictifs », précise Dr Saghatchian.
Elle s'enthousiasme : « Aujourd'hui, il est possible d'analyser l'ADN tumoral circulant grâce à une simple prise de sang, ce qui change totalement notre façon de prendre en charge le cancer. Les résultats de cette étude vont dans ce sens. Si nous pouvons identifier rapidement des patients répondeurs, cela pourrait à terme accélérer le développement des médicaments. »
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