Le moustique tigre est capable de transmettre le virus de la fièvre jaune

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Publié le 27/09/2018
Moustique tigre fièvre jaune

Moustique tigre fièvre jaune
Crédit photo : Phanie

Des chercheurs de l'institut Pasteur et de l'institut Oswaldo Cruz (Brésil) ont montré pour la première fois que le moustique tigre, Aedes albopictus, était capable de s'adapter au virus de la fièvre jaune et ainsi de le transmettre à l'homme. Ces résultats sont publiés dans « Scientific Reports ».

Alors que la fièvre jaune avait été quasiment éradiquée et malgré un vaccin efficace, le Brésil connaît une épidémie de la maladie depuis fin 2016. « Nous observons de plus en plus de cas humains près des mégalopoles comme Rio de Janeiro et Sao Paulo », indique au « Quotidien » Anna-Bella Failloux (institut Pasteur), auteure principale de l'étude, évoquant une « situation dramatique ».

Adaptation virale

Le vecteur principal du flavivirus responsable de la fièvre jaune, originaire d'Afrique, est le moustique Aedes aegypti. « Ce moustique a été introduit en Amérique avec la traite des esclaves il y a 300 à 400 ans », raconte Anna-Bella Failloux. Après plusieurs épidémies, une campagne de désinsectisation démarrée en 1916 avait permis de confiner le virus aux forêts. « Le virus y était transmis entre populations de singes et moustiques. Quelques cas humains ont été rapportés, mais de façon très marginale, jusqu'à cette récente épidémie », poursuit la chercheuse.

Les chercheurs français et brésiliens ont émis l'hypothèse que le moustique tigre, Aedes albopictus, introduit en Amérique dans les années 1980, pourrait également être un vecteur de la maladie. Cette espèce a la particularité de vivre aussi bien en milieu forestier qu'en milieu urbain, contrairement à Aedes aegypti que l'on ne retrouve qu'en ville.

Des expériences menées en laboratoire sur le moustique tigre ont montré que le virus de la fièvre jaune était capable de s'adapter à cet insecte, le rendant ainsi capable de transmettre le virus.

Anna-Bella Failloux explique : « lorsque la femelle moustique pique une personne ou un animal infecté par le virus, elle absorbe le virus. Celui-ci va notamment se retrouver dans les glandes salivaires de l'insecte. En salivant pour libérer un anticoagulant, le moustique va libérer le virus. D'où la contamination ».

Ce cycle a été reproduit en laboratoire. Pour cela, le moustique tigre a été infecté par le virus par voie orale. « Au bout de 3 semaines, nous n'avons pas retrouvé le virus dans la salive. Mais nous avons ensuite coupé la tête des moustiques où se trouve le virus et nous l'avons broyée. Puis nous avons redonné le virus contenu dans la tête à d'autres moustiques et ainsi de suite », détaille la chercheuse. Au bout de six passages, le virus a été retrouvé dans la salive du moustique : il a fini par s'adapter à Aedes albopictus. « Les interactions répétées entre le virus de la fièvre jaune et le moustique tigre peuvent ainsi permettre à ce moustique d'être vecteur de la maladie », résume Anna-Bella Failloux.

Recrudescence au Brésil

Ce phénomène d'adaptation pourrait expliquer la recrudescence des cas brésiliens. Anna-Bella Failloux précise qu'« en conditions réelles, cela peut prendre beaucoup de temps, car les interactions sont moins directes et que d'autres facteurs entrent en compte ».

Les observations d'une équipe brésilienne menées en parallèle en 2017 viennent étayer cette hypothèse : le virus de la fièvre jaune a pu être isolé à partir de moustiques tigres capturés dans l'État de Minas Gerais au Brésil.

Par ailleurs, les virus retrouvés dans la salive des moustiques présentaient un profil génomique différent selon qu'ils provenaient d'une population de moustiques issue d'une région endémique ou d'une population venant d'une région exempte de fièvre jaune. Les virus présentaient des mutations au niveau du même gène codant la protéine NS1, mais à des positions différentes. « Des tests vont être réalisés chez la souris afin de déterminer s'il y a des différences en termes de virulence entre les deux types de virus », souligne la chercheuse.

Pour Anna-Bella Failloux, cette découverte devrait inciter le gouvernement brésilien à rendre obligatoire la vaccination, y compris pour les touristes.


Source : lequotidiendumedecin.fr