Trois questions au Pr Robert Cohen*

« Les antibiotiques sont trop facilement prescrits »

Publié le 28/11/2014
Article réservé aux abonnés

Comment expliquer la situation actuelle ?

Pr Robert Cohen : Les responsabilités sont multiples, mais la part des médecins est réelle. Un trop grand nombre d’entre eux prescrit des antibiotiques trop facilement soit pour se couvrir, soit pour raccourcir le temps de la consultation. Les Français consomment 3,5 fois plus d’antibiotiques que les Hollandais, et 3 fois plus que les Allemands ou les Anglais. Or, nos voisins européens ne s’en portent pas plus mal… Les pouvoirs publics ne sont pas en reste en ne validant pas des recommandations sur l’antibiothérapie au nom du sacro-saint principe de neutralité des conflits d’intérêts et en limitant l’ampleur des campagnes d’information vis-à-vis des médecins ou du grand public.

Quelles sont les pratiques les plus délétères ?

Pr R.C. Que seuls 20 à 30 % des médecins utilisent les tests de diagnostic rapide d’angine streptococcique est inexplicable ! L’efficacité diagnostique des TDR n’est pourtant plus à mettre en cause. Cette attitude est d’autant plus dommageable qu’en parallèle la pression des patients pour obtenir une antibiothérapie a baissé. Par ailleurs, le type de molécule prescrite a aussi une influence majeure sur le risque d’émergence d’antibiorésistance. L’amoxicilline est la molécule qui devrait représenter 85 % des prescriptions d’antibiotiques justifiées. Or aujourd’hui, elle n’en représente largement moins de 50 %. C’est pourtant une des molécules dont l’impact écologique sur l’antibiorésistance est le moindre. On observe encore trop de prescriptions de C3G, de quinolones, de macrolides ou d’association amoxicilline-acide clavulanique. Les otites, angines à TDR + et les sinusites devraient être traitées en première intention par de l’amoxicilline.

Quelles sont les priorités à cibler en médecine générale ?

Pr R.C. La pratique des TDR du SGA pour les angines et l’amoxicilline en première intention pour l’immense majorité des infections respiratoires justifiant une antibiothérapie. Par ailleurs, si on excluait des prescriptions les rhinopharyngites, les bronchites, les laryngites, les bronchiolites, les angines à TDR négatif et la grippe, cela permettrait de réduire de moitié la prescription d’antibiotiques en France. Aucune étude ne montre que dans ces pathologies les anti-infectieux aient la moindre efficacité.

*Pédiatre, infectiologue, hôpital intercommunal de Créteil.
Propos recueillis par le Dr Linda Sitruk

Source : Le Généraliste: 2700