Une première semaine pour le psoriasis

Malgré les progrès, beaucoup reste à faire

Publié le 19/03/2015
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Crédit photo : PHANIE

Entre 3 à 5 % de la population française souffrirait de psoriasis, une maladie chronique, auto-immune caractérisée par un renouvellement accéléré de l’épiderme, favorisée par une inflammation.

Pathologie douloureuse à dimension systémique, elle associe à l’atteinte cutanée une atteinte rhumatismale touchant les articulations périphériques et « peut également être associée aux maladies cardio-vasculaires, au diabète ou à l’obésité », rappelle le Dr Emmanuel Mahé, chef de service de dermatologie au CH de Victor Dupouy d’Argenteuil. Près de 64 % des personnes atteintes sont ou ont été victimes de discrimination dans leur milieu professionnel, scolaire ou dans leur cercle d’amis, selon l’enquête Opinion Way rassemblant 15 000 individus réalisée par France Psoriasis. « Toutes les dimensions de la vie sociale sont touchées », souligne le Dr Mahé. Les commentaires désobligeants ou le rejet physique des individus poussent les patients à l’exclusion sociale.

Interpeller les pouvoirs publics et avoir leur soutien

Dans une résolution adoptée par l’OMS en mai 2014, le psoriasis a été reconnu comme une maladie « chronique, non-contagieuse, douloureuse, inesthétique et invalidante ». En France, c’est encore une maladie mal connue et mal perçue. France Psoriasis, soutenue par la société française de dermatologie, souhaite interpeller les pouvoirs publics avec leur campagne « Psoriasis, ignorer c’est condamner » et a lancé en février dernier une pétition pour que la pathologie soit enfin considérée comme une maladie chronique et prise en compte comme un enjeu de santé publique. Dans une lettre adressée à la ministre de la Santé, l’association appelle au soutien du ministère de la Santé pour les campagnes de sensibilisation et d’information auprès du public et des professionnels de santé. Elle demande également d’inscrire la journée mondiale du psoriasis le 29 octobre dans l’agenda-santé du gouvernement.

« Il apparaît indispensable de promouvoir l’information sur cette maladie, ses pathologies associées et sa prise en charge, de faciliter le parcours de soin, d’offrir de nouveaux outils pour accompagner les personnes atteintes de psoriasis et encourager ainsi leur insertion professionnelle. Une implication des pouvoirs publics est indispensable et une reconnaissance du handicap, essentielle », a commenté Dominique Orliac, médecin et députée du Lot, membre de la commission des Affaires sociales.

Des traitements toujours onéreux

« Nous avons créé un réseau ville-hôpital, RESOPSO, visant à fluidifier et à renforcer les échanges entre dermatologues sur tout le territoire français », explique le Dr Édouard Begon, PH, dermatologue à l’hôpital Pontoise et Saint-Louis à Paris. « Les patients mettent environ trois ans à avoir les traitements adéquats parce qu’ils ne consultent pas ou peu et parce qu’il peut y avoir une méconnaissance dans les traitements chez les médecins », poursuit-il. L’innovation a permis depuis 2003, de mettre plusieurs traitements sur le marché, notamment des biothérapies. De nouveaux modulateurs de l’inflammation seront mis à disposition des patients prochainement. Mais le problème des thérapies, c’est le prix. « C’est un combat de faire baisser les prix », précise le Dr Begon. Certains traitements remboursés par la sécurité sociale peuvent coûter entre 10 000 à 12 000 euros annuels. « Beaucoup a été fait et le psoriasis est une des pathologies cutanées qui a connu le plus de renouveau en dermatologie. Mais beaucoup reste à faire et la collaboration entre associations de patients et de dermatologues impliqués, est plus que jamais de mise », conclut le Dr Begon.

Sophie Martos

Source : Le Quotidien du Médecin: 9396