Retraite : la CARMF ouverte au régime de base unique, mais inquiète pour la gestion de ses réserves

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Publié le 02/10/2017

Alors que Jean-Paul Delevoye, ex-président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), vient d’être nommé par l’Élysée Haut-commissaire pour piloter la reforme des retraites, la Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF) prend les devants. Lors d’un colloque organisé le 30 septembre à Paris, intitulé « en marche vers un régime de retraite de base unique », la caisse s'est positionnée sur cette réforme potentiellement « explosive ».

Emmanuel Macron ambitionne en effet de créer – à terme – un régime de retraite unique dans lequel tous les actifs seraient soumis aux mêmes règles quel que soit leur statut (cadres, libéraux, fonctionnaires, auto-entrepreneurs…), l'objectif étant qu'un euro cotisé produise les mêmes droits pour tous. Mais ce régime universel va-t-il concerner uniquement le régime de base (qui fonctionne en points et trimestres d’assurance) ou s'étendre aussi aux régimes complémentaires ? À quel rythme ?

À défaut d'en savoir plus, la CARMF se montre affirmative sur sa priorité absolue : « La réforme [du régime unique] ne peut toucher que le régime de base et non le régime complémentaire », met en garde le Dr Thierry Lardenois, président de la CARMF, qui tient à la disposition du gouvernement une proposition « faisable »… Aujourd'hui, la retraite moyenne annuelle d'un médecin libéral est de 31 588 euros dont 6 581 euros proviennent du régime de base (21 %), 14 056 euros du régime complémentaire (44 %) et 10 951 euros de l'ASV (35 %). 

Régime complémentaire : quelle autonomie financière ?

La position de la CARMF est partagée par la Caisse nationale d’assurance-vieillesse des professions libérales (CNAVPL) et l'AGIRC-ARRCO (retraite complémentaires des salariés du secteur privé), organimes invités au colloque. « Cette position nous apparait la plus réaliste, la préservation de l’autonomie des régimes complémentaires n’est pas négociable », assène Frank Lefèvre, vice-président de la CNAVPL.

Derrière cette revendication commune, la CARMF entend exprimer sa grande inquiétude au sujet de l'autonomie des caisses professionnelles ainsi que des réserves financières gérées par leurs soins. « S’il y a un régime unique, que vont devenir les réserves que nous avons constituées depuis plus de vingt ans ? », s’interroge le Dr Lardenois.

Le bras de fer entre la CARMF et le gouvernement ne date pas d’hier. En mai 2017, un décret réformant l'organisation financière des régimes de retraite complémentaires pour les professions libérales a restreint les possibilités d'investissement des caisses en les contraignant à diminuer la proportion des placements en actions.

Selon la CARMF, qui juge ce décret totalement contraire à l’esprit d’autonomie des régimes complémentaires, une telle réforme risque d'obérer gravement le rendement des réserves constituées grâce aux cotisations des affiliés… « La logique du décret nous échappe. Nous avons aujourd’hui un rendement de 3 ou 4 % sur les réserves de 7 milliards. Si on met une partie de ces 7 milliards sur des obligations à 1 %, cela représenterait un manque à gagner entre 1 et 1,5 milliard sur dix ans », évalue Henri Chaffiote, directeur général de la CARMF. Résultat de ces pertes putatives, selon la caisse : le risque d'une augmentation de 5 à 7 % des cotisations et/ou une baisse équivalente des retraites... 


Source : lequotidiendumedecin.fr