Un perturbateur endocrinien (PE) se définit comme une substance étrangère à l’organisme qui produit des effets délétères sur l’être vivant ou sur sa descendance, à la suite d’une modification de la fonction hormonale. Les données concernant leur nocivité se vérifient jour après jour chez l’animal, mais se révèlent moins évidentes dans l’espèce humaine, même si les arguments convergent fortement.
Des données épidémiologiques et expérimentales suggèrent que certains PE peuvent, dans des fenêtres d’exposition bien déterminées, provoquer des troubles du métabolisme glucidique. « La génétique, la sédentarité, la malnutrition ne suffisent pas à expliquer l’expansion de l’obésité et du diabète et les PE y jouent vraisemblablement un rôle », explique le Pr Patrick Fenichel (Nice). Les intoxications aiguës à la dioxine (Seveso, agent orange) avaient déjà montré une augmentation du syndrome métabolique, du diabète et des anomalies de l’insulino-sécrétions dans les populations exposées.
Des associations épidémiologiques troublantes
Concernant les expositions chroniques, la relation entre certains polluants organiques persistants et les anomalies du métabolisme glucidique a été retrouvée dans l’espèce humaine dans diverses cohortes. Une étude canadienne récente montre chez des femmes ménopausées que celles dont le taux urinaire de PE type PCB et organochlorés est élevé ont une prévalence plus élevée d’obésité abdominale.
Pour les polluants dits non persistants on a trouvé un certain nombre de corrélations avec le diabète ; l’association est significative avec les phtalates, plus discordante pour le bisphénol A (BPA), où la corrélation n’est relevée que chez les obèses. La seule étude prospective, la Nurse Health Study montre une relation avec le diabète qui dépend de l’obésité pour le BPA et les phtalates mais uniquement chez les femmes de moins de 45 ans, donc ayant toujours des récepteurs aux œstrogènes.
Dans la cohorte française prospective DESIR, les plus hauts niveaux de BPA à l’inclusion sont significativement associés au risque de futur diabète chez les personnes en surpoids, soit du fait d’un métabolisme différent du BPA chez elles, soit par un effet synergique du BPA et de la masse grasse.
Mécanisme moléculaire et épigénétique
Chez l’être humain, les PE interviennent dans le métabolisme glucidique à la fois au niveau du muscle, du tissu adipeux, des cellules de Langerhans et de l’hypothalamus. On connaît un peu mieux les liens moléculaires qui amènent des facteurs environnementaux comme les PE à favoriser l’apparition ultérieure d’un DT2 via les modifications épigénétiques.
Expérimentalement, des travaux récents montrent que le gène de la glucokinase est capable d’être hyperméthylé lors d’une exposition fœtale de quelques jours au BPA. « D’autres études sont nécessaires pour identifier les différents mécanismes moléculaires, des biomarqueurs précoces de l’exposition chronique et l’effet cocktail des produits », conclut l’endocrinologue.
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