Alors que la semaine dernière, plusieurs milliers de médecins ont fait grève pour montrer aux pouvoirs publics leur mécontentement et que certains ont même battu le pavé, un jeu d'influence est en train de se jouer depuis hier entre l'Assurance maladie et les syndicats de médecins.
En effet, d'après ces derniers, le taux de grévistes parmi les médecins se serait élevé, lors des journées de grève des 1er et 2 décembre, à environ 70-80 % sur tout le territoire français. Mais les chiffres de l'Assurance maladie sont tout autres. « La baisse d’activité constatée lors de la grève des 1er et 2 décembre chez les médecins est d’environ 30 % chez les généralistes. Pas de baisse d’activité constatée chez les spécialistes », a-t-elle communiqué hier au Généraliste.
Jeu politique
Contacté, le Dr Philippe Vermesch, président du SML, qui passera la main ce week-end à son successeur, pointe un « calcul biaisé » de l'Assurance maladie : « Je pense que la Cnam a basé son étude statistique sur le nombre de télétransmissions enregistrées sur ces deux journées. Mais certains médecins qui faisaient grève ont tout de même décidé d'honorer les rendez-vous déjà programmés pour ne pas léser leurs patients. Ce n'est pas pour autant qu'ils ne faisaient pas grève, leur standard téléphonique était fermé, etc. ».
Le Dr Agnès Giannotti, présidente de MG France, partage la même réflexion. « Ces chiffres sont à prendre avec du recul puisque la Cnam a diffusé le taux de diminution du flux de télétransmissions et non pas le taux de grévistes. »
« Je leur ai demandé s'ils avaient le taux de médecins qui n'avaient pas télétransmis mais pour l'instant ma question est restée sans réponse », regrette la généraliste.
Le Dr Luc Duquesnel, président des Généralistes-CSMF, estime que les données de l'Assurance maladie « ne sont pas fiables et que les indicateurs utilisés ne sont pas les bons ». « Nous l'avions déjà remarqué dans le cadre de la rémunération sur objectifs de santé publique (Rosp) », confie le généraliste qui a enregistré en Mayenne, sur les 165 généralistes du département, un taux de grévistes de 85 % le jeudi et de 75 % le vendredi.
« Tout ceci n'est qu'un jeu politique » pour le Dr Jérôme Marty, président de l'UFML-S : « C'est le petit jeu habituel, c'est de bonne guerre... mais à chaque fois c'est pareil ! Nous avons les remontées de terrain, nous savons comme ça se passe globalement partout sur le territoire. Mais l'Assurance maladie ose quand même nous sortir un chiffre de leur chapeau, c'est ridicule… », insiste le généraliste de Fronton.
Comme le Dr Luc Duquesnel, le Dr Jérôme Marty soulève l'ambivalence du gouvernement : « Si notre grève est si peu significative, pourquoi le gouvernement nous dissuade de reconduire la grève entre Noël et le premier de l'an ? ».
Les syndicalistes attendent désormais la séance de négociations prévue le 15 décembre pour savoir si des « revalorisations significatives seront mises sur la table ». Sans quoi, un mouvement plus fort pourrait être décidé avec une grève reconductible à partir du 26 décembre et une manifestation nationale le 5 janvier. Affaire à suivre donc...
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