Annoncée ce jeudi, la nomination surprise d'Aurélien Rousseau au ministère de la Santé a été plutôt bien accueillie par le monde médical. La plupart des syndicats des médecins libéraux, redoutant les profils plus clivants comme Frédéric Valletoux ou Stéphanie Rist, connaissent bien l'ancien directeur général de l'ARS île de France. L'ex dir cab d'Élisabeth Borne avait surtout marqué les esprits pendant le Covid pour son agilité d'action et sa capacité de réorganisation de la tutelle francilienne dans cette crise exceptionnelle. Ils attendent de pied ferme le nouveau ministre sur les futures négociations conventionnelles. Du côté des hospitaliers, l'urgence est la reprise des négociations sur l'attractivité de l'hôpital, en jachère depuis plusieurs mois. Tour d'horizon des réactions.
Dr Franck Devulder (CSMF) : « Nous jugerons sur pièce »
« Ça aurait pu être pire. Je ne connais pas Monsieur Rousseau personnellement mais je connais bien son épouse pour avoir échangé plus d’une fois pendant les négociations conventionnelles. Aurélien Rousseau a une réputation de sérieux et d’homme d’écoute. Il l’a démontré lorsqu’il était à la tête de l’ARS d’Île-de-France au moment de la crise Covid, ce qui n’était pas facile. j’ai demandé une audience au ministre pour savoir quelle place et quels moyens seront dévolus à la médecine libérale ? Nous jugerons sur pièce. Le premier signe sera la date d’envoi de la lettre de cadrage pour les négociations conventionnelles. Les recommencera-t-on dès la rentrée de septembre ? Dans une convention unique généralistes et spécialistes ? C’est ce que nous demandons à la Csmf ».
Dr Jérôme Marty (UFML-S) : « Il doit faire face à deux écueils »
« Depuis le début, bien avant la nomination de François Braun, j'avais vu que c'était le bon candidat pour le ministère de la Santé. C'est un haut fonctionnaire qui a su agir en terrain inconnu. Lors de la crise du Covid, à la tête de l'ARS île de France, il a su sortir de l'la doxa. Face au drame d’un secteur sanitaire effondré, il va falloir inventer. Sera-t-il capable de faire face à deux écueils qui sont la puissance administrative à Ségur et le poids de l'Élysée dans le domaine de la Santé ? »
Dr Sophie Bauer (SML) :« Un profil technocratique pur »
« François Braun n'a pas été au bout de ce qu'il voulait faire. C'était un médecin qui connaissait bien les urgences mais c'était un hospitalier pur. Aurélien Rousseau a un profil technocratique pur. J'attends de voir sa feuille de route. Si on ne revalorise pas la médecine libérale, les jeunes ne s'installeront pas ».
Dr Patricia Lefebure (FMF) : « J'attends de voir »
« C'était l'ancien DG de l'ARS île de France et je n'ai pas une mauvaise impression même si c'est un administratif pur et dur. J'attends de voir ses actes pour la médecine libérale ».
Dr Agnès Giannotti(MG France) : « Il connaît le monde libéral »
« C'est quelqu'un avec qui on peut discuter. J'ai déjà travaillé avec lui à l'ARS île de France. Il maîtrise ses dossiers et connaît le monde libéral. Je lui souhaite bon courage pour construire un nouveau système de santé. Quelques défis l'attendent comme les négociations conventionnelles. ».
Dr Patrick Gasser (Avenir-Spé) : « Il faut prendre des décisions rapides »
« Je n'ai pas de préjugé sur la personne. Aurélien Rousseau est un haut fonctionnaire. J'espère qu'il sera aussi un pilote dans l'avion santé pour avoir une vision plus large qu'avait François Braun. Maintenant, il faut arrêter de faire des rapports et prendre des décisions rapides pour définir vers où va le système de santé. De notre côté, je souhaite renégocier la convention médicale sur de nouvelles bases avec une méthode différente et amender largement la proposition de loi Valletoux ».
Dr Mélanie Rica-Henry (Collectif Médecins pour demain) : « Une nouvelle tête, de nouvelles relations ? »
« On ne savait pas trop à quelle sauce on allait être mangé et nous souhaitons féliciter le nouveau ministre. Nous sommes dans la demande d’une écoute active, nous avons des solutions à apporter pour l’attractivité de la médecine libérale. Il n’a pas d’expérience en tant que soignant. C’est un administratif pur mais on espère qu’il sera à l’écoute de la médecine libérale. Une nouvelle tête, de nouvelles relations ?
Olivia Fraigneau (Isni) : « Un médecin ne fait pas toujours un bon ministre de la Santé, ni un énarque un bon ministre »
« Il y a une chose qu’on doit reconnaître à François Braun, c’est que les internes ont pu s’exprimer et ont été systématiquement inclus, soit dans les missions conduites, soit dans les textes de loi de revalorisation. Quant à Aurélien Rousseau, je ne pense pas qu’un médecin fait forcément un bon ministre de la Santé ou qu’un énarque fait un bon ministre tout court. Nous saurons rapidement à quoi nous en tenir, ne serait-ce qu’au délai de réponse qu’on aura pour le rendez-vous de rencontre ».
Florie Sullerot (Isnar-IMG) : « Soyons fous, la suppression de la 4e année »
« Tout remaniement remet en question les décrets qui ne sont pas encore sortis. On espère donc que le nouveau ministre entendra notre volonté de report de la 4e année d’internat de médecine générale qui arrive beaucoup trop précipitamment et trop brutalement, et pourquoi pas de sa suppression pure et simple, soyons fous. Je ne connais pas Aurélien Rousseau mais j’espère que nous arriverons à travailler ensemble et que nous serons rapidement reçus. Les sujets qui sont sur la table nécessitent d’être traités très vite ».
Dr Rachel Bocher (INPH) : « Des positions à la défense de l'hôpital public »
L'Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH) salue dans un communiqué l’installation d'Aurélien Rousseau poste de ministre de la Santé. « Il est connu pour ses prises de position à la défense des hôpitaux publics, lesquels ont été laissés en grande souffrance jusqu’à aujourd’hui ». Son parcours installe un capital de confiance et de lucidité attendu pour agir en profondeur contre la dégradation catastrophique du système de santé français. « Gageons qu’il saura se saisir, sans tarder, des dossiers urgents à traiter ».
Dr Anne Geffroy-Wernet (Snphar) : « Une enveloppe budgétaire substantielle »
Le syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateur appelle à une reprise immédiate des négociations sur l’attractivité des carrières médicales hospitalières, dans le cadre d’une « enveloppe budgétaire substantielle ». Pour l'organisation, le ministre devrait aussi rechercher une solution équilibrée à l’ensemble du système de santé, médecine de ville et médecine hospitalière, intimement liées autour du patient, et interdépendantes. L’anesthésie-réanimation, dont le taux de vacance statutaire dépasse 40 %, devra aussi au centre des attentions car supportant de manière nettement majoritaire la permanence des soins, tant sur le versant de l’anesthésie au bloc opératoire, en maternité et sur les plateaux techniques que dans les soins critiques.
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