DE NOTRE CORRESPONDANT
COMMENT améliorer l’accès à la prévention et aux soins, bref réduire la fracture sociale en matière de cancers, autrement qu’en observant plus près la réalité avant de définir des moyens à la hauteur des enjeux ? Cette préoccupation n’est pas nouvelle, tant des études, nombreuses, ont montré que les populations les plus pauvres sont aussi les plus vulnérables. La discipline illustre bien, insiste le Pr Gilbert Lenoir, président de la Ligue contre le cancer, à quel point les « fractures sociales et spatiales » persistent, malgré tous les plans Cancer. Les statistiques de mortalité, mais aussi « le niveau de tabagisme au sein de la population des chômeurs », par exemple, dénonce le Pr Jean-Pierre Grünberg, membre du conseil d’administration de l’Institut national du cancer (INCa), ne peuvent que « soulever l’indignation ». L’INCa organise il est vrai chaque année un séminaire sur les « inégalités sociales de santé », et Jean-Baptise Herbet, son responsable du département Recherche en sciences humaines, indique que 4, 4 millions d’euros de crédits ont été consentis depuis trois ans à une vingtaine de projets de recherche sur les déterminants de santé. Mais l’effort reste relativement modeste – les chercheurs spécialisés sont peu nombreux –, « notamment par rapport aux Canadiens, regrette-t-il, qui, grâce à des travaux pertinents sur les problématiques économiques et socioculturelles ont dix bonnes années d’avance sur nous. »
Affiner les recherches.
Les cartes de France auxquelles a abouti Jean-Marc Macé, géographe de la santé au CNAM (Conservatoire national des arts et métiers), croisent plusieurs variables en matière d’urologie. Elles permettent de visualiser la concentration des spécialistes dans les quartiers aisés des grandes agglomérations, « loin des lieux d’habitation des ouvriers, des employés et des agriculteurs », de relever de « fortes disparités entre régions et départements en matière de taux d’hospitalisation » et de vérifier après avoir gommé de l’étude « l’effet âge » que la consommation est extrêmement disparate : à l’intérieur même de Paris, l’Est hospitalise bien moins que l’Ouest, idem pour Marseille et sa partie Nord par rapport à la région aixoise.
Le chercheur regrette toutefois d’être aujourd’hui « bloqué » dans ses travaux. En médecine ambulatoire, il lui est impossible d’obtenir les données des caisses d’assurance-maladie, au prétexte de la protection de la vie privée (CNIL), alors qu’une fois anonymisées, elles seraient précieuses pour connaître au plus près la consommation de soins par bassins de santé. Et surtout par catégories socioprofessionnelles : là aussi, « impossible d’aller plus loin », s’insurge-t-il, car si l’accès aux données du PMSI (sexe, âge), est autorisé, « ces PMSI enrichis d’un appariement sociologique permettraient enfin de montrer les différences de circuits et de consommations de soins des cadres, des agriculteurs, des employés, etc. »
« Plus de 60 % de l’explication des différences de la mortalité se trouveraient dans les conditions socio-économiques ? » Encore faut-il l’établir scientifiquement.
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