LE QUOTIDIEN : Qu'est-ce qui fait la force de la Ligue contre le cancer dans la lutte contre cette maladie ?
Pr JACQUELINE GODET : La Ligue contre le cancer est une association caritative fondée en 1918 par Justin Godart. C’était un homme visionnaire qui parlait déjà du cancer comme d’un « fléau social ». Cent ans après, les missions qu’il a fixées sont toujours d’actualité. Depuis sa création, la Ligue vit grâce à la générosité du public, ce qui lui confère une totale indépendance dans ses décisions, y compris pour son soutien à la recherche, une de ses missions historiques, avec l’accompagnement des patients. La force de la Ligue est aussi sa présence sur tout le territoire français, DOM-TOM compris, grâce à ses 103 comités départementaux.
Quel est le rôle de ces comités ?
Leur rôle est principalement d’être aux côtés des malades et de leur entourage afin notamment d’être leur porte-parole auprès des instances publiques et gouvernementales. Pendant et après la maladie, La Ligue accompagne les patients par divers moyens : soutien psychologique, activité physique adaptée, soins socio-esthétiques… Le soutien peut aussi être d’ordre financier, pour des cas difficiles, entre autres des femmes en situation monoparentale, car le cancer appauvrit les familles. Cet accompagnement va évoluer dans les années à venir pour s’adapter aux nouvelles pratiques. L’ambulatoire a de plus en plus de place dans la prise en charge, le passage de l’hôpital à la ville se fait plus rapidement, ce qui change significativement le quotidien des malades. Cela nécessite des ajustements au niveau de la formation des bénévoles, délivrée par une école agréée.
La prévention est au cœur des préoccupations. Quelles sont les actions menées par La ligue ?
La prévention du cancer et des autres maladies est effectivement une priorité nationale, inscrite dans la stratégie nationale de santé 2018-2022 du gouvernement. De longue date, la Ligue s’engage en faveur de la prévention, comme en témoigne son rôle essentiel dans la lutte contre le tabagisme.
Aujourd’hui, nous sommes face à un constat : 40 % des cancers sont évitables. Nous profitons du centenaire de La ligue pour organiser les premiers États généraux de la prévention des cancers les 20 et 21 novembre 2018, en partenariat avec plusieurs institutions, dont l’Institut national du cancer (INCA). Dix groupes de travail s’y attellent dès maintenant, réunissant des représentants de la société civile et d’associations, des institutionnels et des chercheurs. L’objectif est de proposer aux autorités un Plan national de prévention, avec des actions concrètes à mener dans les années à venir. Ces États généraux surviennent tout juste 20 ans après les États généraux des malades du cancer qui ont eu un impact considérable sur le premier Plan cancer (2003-2007). Nous avons l’ambition que ces nouveaux États généraux aient un impact équivalent. Dans ce cadre, La Ligue s’engage aussi à sensibiliser les plus jeunes à la prévention à travers l’opération « Un Comité, une école », mis en place sur l’année 2017-2018 en partenariat avec l’Éducation nationale. Les membres de la Ligue sont allés à la rencontre des 9-14 ans afin de les questionner sur les facteurs de risque du cancer et les moyens de prévention. Par ailleurs, la Ligue soutient des recherches épidémiologiques et interventionnelles en lien avec cet effort porté sur la prévention.
Le 4e rapport du Plan cancer 2014-2019 a été publié le 1er février. À ce stade, est-il satisfaisant ?
La prévention était absente dans le premier Plan cancer. Dans ce dernier plan, un effort a été fait, mais il est encore insuffisant par rapport aux connaissances actuelles. Par exemple, le nombre de femmes réalisant une mammographie dans le cadre du dépistage organisé stagne. Des actions sur le terrain sont à conduire pour comprendre pourquoi ce chiffre n’augmente pas. Par ailleurs, jusqu’à présent, nous avions peu de recul sur les séquelles des nouvelles thérapeutiques. Or, il semblerait qu’elles aient des conséquences à court terme. Dans le Plan cancer (2014-2019), sont seulement évoquées les séquelles à moyen et long termes, qui peuvent avoir une incidence sur la qualité de vie des patients, même une fois guéris.
Quels sont les enjeux à court terme ?
Grâce aux progrès thérapeutiques liés aux avancées de la recherche, 60 % des cancers sont actuellement guéris. Mais pour les 40 % restant, nous devons continuer de soutenir vigoureusement la recherche. Les récentes études montrent, de plus en plus, l’efficacité de la combinaison des médicaments innovants. Mais le développement d’innovations thérapeutiques, telles que les thérapeutiques ciblées et l’immunothérapie, soulève aussi des questions d’ordre financier : face à des coûts parfois exorbitants, l’Assurance maladie ne parviendra pas à faire front, ce qui renforcera les inégalités d’accès aux traitements. Nous faisons également face à la pénurie de certains médicaments, pas forcément innovants, pour diverses raisons politiques et économiques. C’est le rôle de la Ligue d’être vigilant sur ces aspects afin de garantir à chacun les mêmes chances de se faire soigner.
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