« LE SUCCÈS de cette greffe est plus qu’une surprise, avoue le Pr Alain Carpentier, de réputation internationale dans la mise au point de bioprothèses cardiaques. Personne n’y croyait au début. On n’a pas observé, en cinquante ans, de progrès dans l’anastomose bronchopulmonaire, et toutes les tentatives de greffe de bronche menées par le passé se sont soldées par des échecs. »
« L’intervention est l’aboutissement de dix années de recherche », explique le Pr Martinod. « Les greffes de tissu aortique sont utilisées depuis longtemps en chirurgie vasculaire. L’énorme avantage de l’allogreffe aortique est de ne pas nécessiter d’immunosuppression. Un prérequis indispensable dans une situation de néoplasie. Pour rigidifier ce tissu souple, une endoprothèse sur mesure a été incorporée au greffon. »
« On peut vivre avec un seul poumon, mais la pneumonectomie compromet, à terme, les fonctions respiratoires et cardiaques », poursuit le Pr Martinod. L’objectif de la bronche artificielle est d’éviter l’ablation totale du poumon. Car, si la mortalité à trois mois est de 2 % pour une lobectomie dans les tumeurs périphériques, elle peut atteindre 26 % après pneumonectomie en présence de trois facteurs de risque (âge › 70 ans, tumeur du poumon droit et radiochimiothérapie adjuvante). Le patient présentait ces trois facteurs de risque.
Une intervention en trois temps.
L’intervention, d’une durée de trois heures, a comporté trois temps : ablation de la lésion cancéreuse, anastomose bronchopulmonaire et mise en place d’un lambeau musculaire autologue autour du greffon. L’endoprothèse a été bien tolérée et il serait aujourd’hui difficile, à l’imagerie, de distinguer la bronche artificielle de la bronche native.
« Ce succès bouscule les préconceptions en montrant que la bronche est un véritable organe et non un simple tube », poursuit le Pr Carpentier. L’équipe a ainsi observé deux phénomènes inattendus au niveau de l’allogreffon de tissu aortique : une recolonisation de l’épithélium par les propres cellules (ciliées et à mucus) du patient et, plus extraordinaire encore, une régénération d’îlots de cartilage à partir des cellules souches autologues.
Le Pr Martinod précise toutefois que la technique de bronche artificielle doit être réservée à une population bien ciblée, présentant des facteurs de risque élevés de mortalité. « On réalise de 1 000 à 2 000 pneumonectomies par an en France. La bronche artificielle pourrait être proposée à 200-300 sujets. » Les chercheurs américains, sceptiques au début, commencent à s’intéresser de près à la technique.
Ann Thorac Surg 2011;91:837-42.
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