Obsession douloureuse
La peur obsédante de rougir en public, ou éreutophobie, concernent plusieurs milliers de Français. D’apparence banale, la gêne sociale liée au rougissement peut devenir une réelle obsession douloureuse, à l’origine d’un handicap fonctionnel notable et durable. Sauf quand les patients l’évoquent spontanément, ce qui reste rare, il est souvent difficile de repérer sans interrogation spécifique un problème d’éreutophobie. Des comportements visiblement inhibés, des rougissements importants et fréquents, et surtout des conséquences indirectes dans la vie de tous les jours (repli sur soi, refus scolaire, dépression…) peuvent orienter le praticien vers cette problématique qui peut très bien être « masquée » par les sujets eux-mêmes. La définition de l’éreutophobie rejoint celle des phobies sociales plus classiques : une peur intense et durable d’une ou plusieurs situations sociales par crainte d’être jugé négativement, avec des répercussions importantes sur l’équilibre émotionnel ou sur le fonctionnement personnel. Lorsque le patient évite régulièrement ces situations à risque, on peut parler de pathologie.
Scolarité, vie professionnelle
L’évolution naturelle des phobies sociales en général, et de l’éreutophobie en particulier, est difficile à prévoir mais souvent chronique. Quand elles débutent tôt dans l’enfance, elles risquent de perdurer longtemps à l’âge adulte, pour s’atténuer progressivement après la quarantaine en général. Quand elles apparaissent à l’adolescence, elles peuvent durer quelques mois et disparaître spontanément, mais aussi s’installer durablement. Dans tous les cas, leur impact sur la scolarité, les études et le début de l’insertion professionnelle et socio-affective peut être majeur si rien n’est fait assez tôt.
Psychoéducation
Une fois le diagnostic établi, une étape importante est de mettre le patient en confiance et de lui transmettre des éléments de « psycho-éducation » qui sont essentiels pour la prise en charge. Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) sont les techniques les plus efficaces pour combattre les phobies sociales, et elles s’appliquent très bien à l’éreutophobie. Elles peuvent se pratiquer en groupe ou en individuel, et peuvent être efficaces en environ une quinzaine de séances. Les principales méthodes utilisées au cours de ces thérapies sont les suivantes : le déplacement attentionnel (apprendre à fixer son attention sur l’interlocuteur plus que sur soi-même), l’exposition graduée (s’habituer à affronter progressivement le regard de l’autre), relaxation, affirmation de soi, approche cognitive. L’amélioration n’est pas immédiate et continue progressivement même après la fin des séances, si les patients ont bien assimilé les techniques de base.
Il n’existe pas de médicaments empêchant de rougir spécifiquement. En première intention, les béta-bloquants peuvent avoir un intérêt pour les situations ponctuelles et prévisibles (examen oral ou prise de parole en public). Dans les formes sévères et invalidantes, le recours à un traitement de fond par antidépresseur inhibiteur de recapture de la sérotonine peut être justifié. Prescrits entre six mois et un an, ces médicaments sont très efficaces, mais le risque de rechute est élevé à l’arrêt, ce qui incite dans tous les cas à proposer une association à une TCC.
Entretiens de Bichat. D’après la communication d’A. Pelissolo (Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, Paris).
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