L'Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail (ANSES) appelle les pouvoirs publics à « prendre des mesures pour faire cesser l'exposition de la population aux UV artificiels émis par les cabines de bronzage », à l'aune des données récentes qui confirment les risques pour la santé déjà avérés. Elle les invite en particulier à aller plus loin que les dernières restrictions apportées par la loi santé de 2016 : interdiction de la commercialisation des appareils hors usage médical, interdiction de la promotion, encadrement de l'activité – mais pas interdiction de leur usage à visée esthétique, comme le souhaitait le Sénat).
La publication, ce 10 octobre, de l'avis de l'ANSES, s'inscrit dans le cadre du décret du 27 décembre 2013 qui encadre la mise à disposition des cabines UV et prévoit la remise d'un rapport dans un délai de 4 ans.
Effet cancérigène
L'ANSES, qui a émis plusieurs avis sur le sujet, préconisait déjà en 2012 l'interdiction des cabines UV, qui diffusent une lumière beaucoup plus riche en UVA que la lumière naturelle (surtout en France), et estimait que le projet de décret 2013 ne constituait qu'une « réponse partielle et insuffisante au regard du risque avéré de cancers cutanés pour les utilisateurs ». Ce risque avait notamment été mis en lumière par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) qui a classé les rayonnements UV artificiels dans les cancérigènes certains pour l'homme en 2009. Plusieurs études démontraient un risque de mélanome lié à l'exposition aux UV artificiels, renforcé avec la précocité (avoir eu recours au moins une fois aux cabines avant 35 ans augmente de 59 % le risque de développer un mélanome cutané), et la fréquence de l'exposition, sans qu'aucune valeur limite d'irradiance ou de dose ne puisse être fixée pour protéger les utilisateurs.
Depuis, deux études norvégienne (Giasvand et al, 2017) et américaine (Lazovich et al, 2016) ont confirmé le niveau de preuve du risque cancérigène lié aux cabines. En outre, le Scientific committee on health, environnemental and emerging risks (SHEER, 2016) a calculé en 2016 que 5,4 % des nouveaux cas de mélanome qui apparaissent chaque année en Europe sont imputables aux appareils de bronzage et que 43 % des cas touchant les jeunes en France étaient liés à une exposition avant 30 ans. Une autre étude (Arnold et al., 2018) a estimé que 10 340 cas de mélanomes (83 % des mélanomes et 3 % des cancers) en 2015 chez des adultes français pouvaient être attribués à l'exposition solaire, et 382 cas pouvaient l'être aux appareils de bronzage (1,5 % des mélanomes chez les hommes, 4,6 % chez les femmes).
Aucun bénéfice
L'ANSES rappelle aussi que les cabines UV provoquent des dommages de l'ADN, augmentent le risque de cancers cutanés, et accélèrent le vieillissement de la peau, jusqu'à quatre fois, par rapport à l'exposition naturelle au soleil.
L'avis réfute enfin tout effet bénéfique. Les cabines ne préparent pas la peau au bronzage ni ne protègent des coups de soleil : la coloration de la peau est issue d'une réaction d'oxydation de la mélanine, non d'une synthèse de mélanine par les mélanocytes de la couche basale de l'épiderme et de son transfert dans les kératinocytes des couches supérieures, comme le bronzage naturel. Les rayons artificiels ne permettent pas non plus un apport significatif en vitamine D – celle-ci étant due aux UVB, tandis que les UVA dominent dans les cabines.
L'interdiction préconisée par l'ANSES rejoint la position de l'Académie nationale de médecine, qui alerte les pouvoirs publics depuis 2003.
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