Fortement relayés par les médias et surtout par les réseaux sociaux, les régimes d’exclusion débordent des rayons alimentaires pour investir les modes de vie, avec les « sans-se-laver », « sans-s’habiller »… Le même scénario attire à chaque fois des foules d’adeptes : haro sur un produit, une substance, un comportement, qui empêcherait de bien vivre. Enjeu : se soigner individuellement, en dehors des chemins médicaux scientifiquement balisés. « Le Quotidien » propose un état des lieux de ces « sans-sans », en deux temps : intox/détox.
Intox aux vêtements ?
Après l’affaire du fruit défendu et consommé, l’homme et la femme virent qu’ils étaient nus et ils cousirent des feuilles de figuier pour se faire des pagnes, raconte le livre de la Genèse. En Occident, il aura fallu attendre quelques millénaires pour s’en dévêtir : les Grecs redécouvrirent sur les stades le plaisir de courir en tenue d’Adam, puis la fin du XIXe siècle, en France, lorsque des médecins hygiénistes remirent au goût du jour les bienfaits médicaux, psychologiques et sociaux de la nudité.
Deux médecins, les frères André et Gaston Durville, ont fondé en 1931 le village d’Héliopolis sur l’île du Levant, à partir d’un projet thérapeutique : se servir des éléments et tout d’abord du soleil pour soigner les corps. Ainsi naquit l’héliothérapie, avec la création de centres dédiés où sont prohibés les « textiles », ces intoxiqués aux vêtements, d’une fédération française du naturisme, de magazines, revues et blogs.
Contre les addicts des vêtements, les arguments santé sont nombreux et concordants : « Quand on est habillé, détaille le Dr Catherine Feldman, psychothérapeute, la sueur reste au contact des vêtements, occasionnant des infections cutanées, alors qu’au contact de l’air, elle s’évacue et est moins intrusive ; lorsque la peau est exposée à la lumière, la production de globules rouges est augmentée et assure mieux le transport de l’oxygène des poumons vers les principaux tissus de l’organisme ; en restant nu, on tire un profit maximal du soleil et on synthétise mieux la vitamine D, pour combattre la dépression, la fatigue, la faiblesse musculaire, les crampes ou la sécheresse cutanée ; par le contact avec l’eau et l’air, on renforce le système immunitaire. »
Et un ex-doyen de la faculté des sports de Bordeaux, Alain Lofi, a carrément fait le compte en concluant carrément à la prolongation de l’espérance de vie que, tous facteurs additionnés, le naturisme provoquerait.
À ces arguments, s’ajoute le sentiment d’indescriptible satisfaction lié à la libération du corps de l’entrave des vêtements, la sensation de bien-être, d’harmonie avec la nature, la lumière, l’eau, l’air, le sable, l’herbe. Nager nu, témoignent les pratiquants des bains sans maillot, procure une impression très différente de celle éprouvée avec un maillot, pas comparable.
Au passage émerge une philosophie de l’authenticité et de la convivialité, une émancipation des canons de photoshop pour une meilleure acceptation de son corps, contre la tyrannie du corps idéal.
Appuyé sur ce triptyque santé-plaisir-liberté, le naturisme revendique en France deux millions d’adeptes rejoints chaque été par autant d’étrangers. Et voici maintenant que le monde du travail se mettrait à se dénuder aussi. À l’instar, du Friday wear, des prosélytes de la nudité ont lancé le Naked Friday. Quelques entreprises américaines et britanniques s’y risqueraient. Ils allèguent de ces expériences une ambiance de camaraderie, une meilleure cohésion du groupe, une communication améliorée et une créativité accrue.
Détox
Les bienfaits psychologiques et sensoriels du naturisme étant posés, son bénéfice en santé reste discuté par les dermatologues. « C’est bénéfique de laisser sa peau au naturel, de favoriser une bonne thermorégulation physiologique, observe le Dr Nina Roos, auteur d’Une peau en pleine forme (Solar), mais avec les peaux claires, les risques de coups de soleil, en fait d’héliothérapie, sont fortement augmentés et avec eux, l’apparition des mélanomes, dont la prévalence progresse régulièrement. Le nudisme entre 11 heures et 16 heures est à déconseiller et l’application des crèmes solaires doit être systématique en dehors de ce créneau d’exposition. »
« La photoprotection mécanique, n’en déplaise aux partisans du régime sans vêtement, est incomparablement plus efficace que celle des crèmes, fussent-elles à écran total, insiste le Dr Marc Perrussel, attaché au CHU de Rennes et membre du CA du syndicat des dermatologues. Un chapeau et un minimum de protections textiles sont toujours recommandés dans un pays où on diagnostique plus de 10 000 cas de mélanome chaque année, un nombre qui a triplé en 25 ans. »
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