LA PRÉVALENCE accrue de l’obésité, du diabète et de l’insuffisance cardiaque chez les patients psoriasiques a été mise en évidence depuis plusieurs années (1) et confirmée par des études récentes. « L’existence d’une relation entre IMC (indice de masse corporelle) et psoriasis a été bien démontrée, même si on ignore quel phénomène initie l’autre » a précisé le Dr Frédéric Bérard. De même, « toutes les études concordent pour dire que le psoriasis sévère et de longue durée est associé au diabète de type 2 : après 40 ans, le risque de diabète est 1,5 fois plus élevé chez les patients psoriasiques ». Si, en ce qui concerne l’hypertension artérielle (HTA) et l’hypercholestérolémie, les évidences sont moins nettes, une augmentation du risque d’infarctus de myocarde (IDM) est constatée chez les patients psoriasiques surtout chez les sujets jeunes ayant un psoriasis sévère (3). Un sujet atteint de psoriasis a deux fois plus de risque d’avoir une athérosclérose et 1,8 fois plus d’avoir une ischémie myocardique ou un AVC (4). Enfin, le psoriasis est associé à un risque de mortalité cardio-vasculaire accru et à une augmentation du risque de mortalité toutes causes confondues.
Le syndrome métabolique aussi.
Le concept de « syndrome métabolique » (SM) est né il y a quelques années de la constatation que sans atteindre des valeurs pathologiques, l’association de valeurs limites de certains paramètres biologiques augmentait le risque cardio-vasculaire. « Selon la définition généralement admise (ATP III-2001) », a rappelé le Dr Martine Laville, « un syndrome métabolique est présent chez un sujet ayant trois des cinq critères suivants : glycémie à jeun › 1,1 g/l ; tour de taille › 102 cm chez les hommes et › 88 cm chez les femmes ; TG › 1,5 g/l : HDL < 0,4 g/l chez les hommes et < 0,5 g/l chez les femmes ; PA › 130/85 mm Hg. » Or, plusieurs études récentes ont montré qu’il existe une association significative entre SM et psoriasis, indépendante de la sévérité du psoriasis. Ainsi, P. Gisondi et coll. (5) ont constaté l’existence d’un syndrome métabolique chez 30,1 % d’un groupe de patients psoriasiques (versus 20,6 % chez les témoins ; p = 0,005). Dans une étude épidémiologique sur plus de 6 500 sujets, ces pourcentages étaient respectivement de 40 % et 23 % et les paramètres du SM le plus souvent associés au psoriasis étaient l’obésité abdominale et l’hypertriglycéridémie (6).
Le psoriasis est aussi associé à des pathologies non cardio-vasculaires comme les rhumatismes inflammatoires, la maladie de Crohn, le reflux gastro-œsophagien, l’asthme et la bronchopneumopathie obstructive ainsi qu’avec la dépression et l’anxiété. Or, certaines de ces pathologies comme la polyarthrite rhumatoïde (PR) et les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) sont elles-mêmes associées au SM et leur prise en charge diminue le risque de mortalité cardio-vasculaire. L’ensemble des maladies inflammatoires chroniques augmentant le risque cardio-vasculaire (RCV), il a été suggéré que l’inflammation chronique du psoriasis pourrait contribuer au développement de maladies cardio-vasculaires : le psoriasis, de même que l’obésité ou le tabagisme, en provoquant une inflammation systémique, induirait une insulinorésistance à l’origine d’un dysfonctionnement endothélial qui favoriserait l’athérosclérose, elle-même génératrice d’IDM (7).
La question se pose aussi de l’impact des traitements car le psoriasis sévère donne lieu à la prescription de traitements pouvant potentiellement intervenir sur les composants du syndrome métabolique. Cependant, même si la prise d’acitrétine implique la surveillance du taux de cholestérol et des triglycérides et si, avec la ciclosporine, il existe un risque d’HTA et d’insuffisance rénale, il a été montré que ces produits n’augmentent pas la mortalité cardio-vasculaire dans le psoriasis. En fait, estime F. Bérard : « Il est vraisemblable qu’en améliorant le psoriasis, lui-même facteur de risque, le RCV total soit diminué ». Quant au méthotrexate et aux anti-TNFα, « ils diminuent le RCV dans les MICI et la PR, mais cela n’a pas encore été démontré dans le psoriasis. Des études complémentaires sont nécessaires. »
D’après la session « Prise en charge des patients présentant un psoriasis associé à un syndrome métabolique ».
(1) Henseler T. J Am Acad Dermatol. 1995 ;32(6):982-6
(2) Cohen AD et coll. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2008 ;22(5):585-9
(3) Gelfand JM et coll. JAMA 2006 ;296 :1735-41
(4) Prodanovich S et coll. Arch Dermatol 2009 ;14(6):700-3
(5) Gisondi P et coll. Br J Dermatol 2007 ;157:68-7
(6) Love TJ et coll. Arch Dermatol 2010 dec. On line.
(7) Boehncke W-H et coll. BMJ 2010; 340:200-3.
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