Si l'on prend en compte que le tissu adipeux n'est pas un simple lieu de stockage, mais un organe sous contrôle hormonal, on comprend comment le manque de sommeil, la lumière bleue des écrans, le rythme de vie, les perturbateurs endocriniens et les métaux lourds peuvent dérégler la balance énergétique. De nombreux travaux montrent que des facteurs non nutritionnels jouent un rôle dans la survenue du surpoids et de l'obésité.
Toutefois, à partir de ces études - qui ne font état que de corrélations ou qui ont été réalisées chez l'animal - on ne peut faire que des extrapolations théoriques, qui plus est concernant l'enfant. « Ces pistes permettent d'étayer l'impression que l'obésité est une épidémie [...] qui s'étend très rapidement [...] mais il convient d'être prudents sur les conclusions à en tirer », explique le Dr Frédéric Couttenier, pédiatre à Attiches (59), au centre hospitalier de Douai et au CHU de Lille spécialisé en gastro-nutrition et entérologie, qui a présenté un résumé des connaissances actuelles en la matière au congrès annuel de la Société française de pédiatrie en mai dernier.
Cette nouvelle approche suscite des débats dans le milieu médical. Son intérêt, selon le Dr Couttenier, est de mettre l'accent sur une observation tirée de la pratique quotidienne : l'obésité n'est pas uniquement un problème nutritionnel. « En tant que pédiatre libéral, je m'intéresse à l'ensemble de la famille et à son fonctionnement, explique-t-il. Beaucoup ont des représentations différentes de l'alimentation, du comment bouger, et il y a beaucoup d'émotionnel autour de tout cela. Il est intéressant dans le cadre des co-facteurs non nutritionnels de pousser l'enquête plus loin sur le mode de vie de l'enfant et ses représentations psychologiques. »
Ne pas imposer un mode de vie
Selon le pédiatre, il faut démystifier l'obésité et arrêter de dire aux gros qu'ils le sont de leur faute. « C'est bien plus complexe que cela. Une enquête a montré que 80 % de la population ne mange pas de façon adaptée par rapport aux recommandations diététiques, mais tous ne sont pas pour autant obèses. Dans le cas de l'obésité, un terrain spécifique, exprimé par le comportement global, révèle la susceptibilité à cette prédisposition ».
L'échange et la réflexion sont au cœur de la pratique de Frédéric Couttenier, qui souligne par ailleurs la richesse de l'approche pluridisciplinaire en CHU : « Dans l'école de pensée de l'éducation thérapeutique dont je fais partie, il faut connaître les gens pour pouvoir avec eux trouver des stratégies afin de régler les problèmes. Apporter des réponses toutes faites ne marche pas. Personne n'a envie de se faire imposer un mode de vie. » Le trajet vers l'école est un bon exemple. Discuter des moyens de transport des enfants permet d'enclencher la réflexion et aide à trouver nombre d'opportunités d'équilibrer la balance énergétique : « On arrive à la conclusion qu'il est tout à fait possible de ne pas se garer complètement à côté de l'école et de marcher 5 min ». La discussion permet aussi de comprendre dans quel environnement vivent les familles et comment elles s'y adaptent : « Il y a une corrélation entre obésité et milieu social défavorisé. L'insécurité du milieu pousse les gens à protéger leurs enfants et à les mettre en sécurité dans leur foyer », explique Frédéric Couttenier qui insiste sur l'importance d'une écoute bienveillante vis-à-vis de l'obésité. Lui-même conseiller scientifique de l'APESAL (Association de prévention et de dépistage de troubles infantiles), il conclut sur la nécessité des actions de prévention, car les kilos les plus faciles à perdre sont ceux qu'on n'a pas pris.
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