N’est-il pas curieux que le médecin se fasse rémunérer pour « dénoncer », c’est-à-dire informer en rompant le secret médical que, seul, détient le patient ? 55 euros de forfait par patient - et certains avaient même envisagés (hyptothèse non retenue finalement, NDLR) 2 euros supplémentaires par sujet -contact renseigné - : c’est tentant ! En d’autres temps, à d’autres époques et dans d’autres circonstances, on aurait désigné cela sous le terme de « corruption d’État ».
N’est- il pas surprenant, qu’à un moment donné, les médecins aient accepté que « ça vienne d’en haut » ? Que ce soit l’administration qui définisse les conduites à tenir et les critères de bonne pratique en santé… Ce fut le temps de la P4P : pour quelques euros, là, tout a basculé !
La santé devenait une marchandise soumise aux lois du commerce et de la rentabilité. Les médecins avaient accepté de lâcher leurs prérogatives pour les domaines où ils étaient les seuls à pouvoir juger. L’économie a guidé des injonctions d’État, qui, elles-mêmes, entravaient des médecins devenus cependant consentants. Un pas en arrière dans l’éthique du soin !
Depuis le 11 mai, le même scénario est rejoué. Pour quelques kopecks de plus, les médecins vont se fourvoyer. C’est pour une juste rémunération de l’acte médical qu’il faut militer ! Et non pour ces forfaits aux allures de compromission ! Un médecin, en conscience et même sans pourboire, sait mener des directives en santé publique et en prévention.
Les patients sont-ils correctement informés des sous-entendus des « rémunérations aux forfaits » ? Ont-ils compris ce que cela signifie ? Car leurs intérêts résonnent rarement avec ceux de l’économie rendue toute-puissante. À l’exemple de la perte de crédibilité d’élus politiques devenus trop souvent corrompus, et en passant outre la décision du patient, renseignant « on ne sait qui » sur les porteurs de Covid-19 et ses contacts, demain, les médecins risquent de « payer cher » la perte de confiance des patients.
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EXERGUE : Depuis le 11 mai, pour quelques kopecks de plus, les médecins vont se fourvoyer. Mais c’est pour une juste rémunération de l’acte médical qu’il faut militer !
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