Après le patient de Berlin en 2009 et le patient de Londres en 2019, un nouveau cas de guérison probable d'une infection au VIH après greffe de moelle osseuse vient de faire l'objet d'une publication. Il est décrit dans « Nature Medicine ».
En 2022, deux autres cas similaires avaient été présentés en congrès, sans être publiés à ce jour. À chaque fois, le donneur présentait la mutation génétique CCR5 delta-32, connue pour empêcher l'entrée du VIH dans les cellules et donc protectrice face au virus.
Ce nouveau travail est issu du consortium IciStem, consitué de l’équipe d’Asier Sáez-Cirión à l’Institut Pasteur et de celles de l’hôpital universitaire de Düsseldorf (Allemagne), de l’université d’Hambourg (Allemagne), de l’université d’Utrecht (Pays-Bas) et de l’Institut de recherche sur le sida IrsiCaixa (Espagne).
Une interruption du traitement antiviral sous surveillance médicale
Le patient, pris en charge à Düsseldorf et aujourd'hui âgé de 53 ans, a été testé positif au VIH en 2008. Il a commencé un traitement antiviral en 2010 qui lui a permis d'avoir une charge virale indétectable, avant d'avoir une leucémie myéloïde aiguë diagnostiquée en 2011. Le traitement initial par chimiothérapie a permis de contrôler la tumeur.
Mais après une rechute, il a dû recevoir une greffe de cellules souches. Un donneur à la fois compatible sur le plan immunogénétique avec le patient et porteur de la mutation CCR5 delta-32 a pu être identifié. « Il s’agit d’une situation exceptionnelle quand ces facteurs coïncident pour que cette greffe soit un double succès de guérison, de la leucémie et du VIH », souligne Asier Sáez-Cirión, co-auteur principal de l’étude, expliquant que « les cellules immunitaires du patient ont été remplacées intégralement par celles du donneur ».
En 2018, cinq ans après la greffe et alors que l'état du patient s'est stabilisé, une interruption du traitement antiviral a été réalisée sous surveillance médicale. Après un suivi de 44 mois, l’équipe médicale et les chercheurs n’ont détecté aucune trace de particule virale ou de réservoir viral activable dans le sang ou les tissus du patient.
Et il n’a pas non plus été détecté d’activation des réponses immunitaires caractéristiques de l’infection au VIH, est-il résumé dans un communiqué de l'Institut Pasteur. « Même si nous n’avons pas pu analyser tous les tissus du patient pour formellement écarter la présence du VIH dans l’organisme, ces résultats indiquent que le système immunitaire n’a pas détecté le virus après l’interruption du traitement », précise Asier Sáez-Cirión.
Les auteurs estiment ainsi que quatre ans après l'interruption du traitement analytique, l'absence de rebond viral et l'absence de corrélats immunologiques de la persistance de l'antigène du VIH-1 sont des preuves solides de la guérison du VIH de ce patient, aujourd'hui en bonne santé.
D'autres pistes de rémission envisagées
L'approche décrite ici repose sur une intervention lourde qui ne peut pas être envisagée chez des patients VIH non atteints d'une maladie hématologique. D'autres stratégies sont ainsi envisagées pour espérer guérir l'infection au VIH. « Certaines cherchent à cibler et éliminer spécifiquement les cellules infectées, d’autres à rendre les cellules résistantes à l’infection sans passer par une greffe, en introduisant par exemple la mutation CCR5 delta-32 via une thérapie génique, et finalement d’autres stratégies visent à optimiser les réponses immunitaires contre le virus », décrit Asier Sáez-Cirión.
Christophe d’Enfert, directeur général adjoint scientifique de l’Institut Pasteur, a annoncé que des essais cliniques menés par des équipes de l’Institut Pasteur et du Pasteur Network allaient débuter en 2023 « pour tester de nouvelles immunothérapies basées sur des anticorps neutralisants à large spectre et aussi des marqueurs prédictifs de rémission associés aux cellules naturelles tueuses ».
Récemment, le collectif TRT-5 CHV a par ailleurs attiré l'attention sur les questions éthiques que soulèvent les interruptions analytiques de traitement (IAT) dans les essais cliniques.
CCAM technique : des trous dans la raquette des revalorisations
Dr Patrick Gasser (Avenir Spé) : « Mon but n’est pas de m’opposer à mes collègues médecins généralistes »
Congrès de la SNFMI 2024 : la médecine interne à la loupe
La nouvelle convention médicale publiée au Journal officiel, le G à 30 euros le 22 décembre 2024