L'épidémie de bronchiolite a pris tout le monde de court cette année, en arrivant de manière rapide avec plusieurs semaines d'avance. Les régions Grand Est et Île-de-France sont déjà en phase épidémique d'après Santé publique France, et les hôpitaux sous tension. Dans ce contexte, la présidente de la Société française de pédiatrie (SFP), la Pr Christèle Gras-Le Guen du CHU de Nantes, appelle à ne pas saturer les services d'urgence.
« Il faut proposer une prise en charge en ambulatoire avec l'intervention de plusieurs corps de métier », estime-t-elle. Un dispositif de surveillance à domicile est expérimenté dans la région nantaise. Il s'appuie notamment sur des puéricultrices, « qui vont vérifier l'état respiratoire de l'enfant, mesurer sa fréquence cardiaque, s'assurer qu'il est bien oxygéné et vont aussi surveiller son poids, son alimentation, l'environnement du couchage, aider à l'allaitement… », liste la Pr Gras-Le Guen. La prise en charge de l'enfant doit être globale.
Et l'enjeu est avant tout d'accompagner enfants et parents sans passer par l'hospitalisation. « Arrivée deux mois plus tôt, l'épidémie de bronchiolite nous a pris au dépourvu et ne nous a pas laissé le temps de nous mettre en ordre de marche. Mais il est essentiel d'y réfléchir et de développer l'hôpital à domicile, en travaillant de manière multidisciplinaire », insiste la présidente de la SFP.
Un traitement basé sur les lavages de nez
L'hospitalisation est nécessaire pour les formes graves, notamment en cas de besoin en oxygène, de perte de poids, de forte déshydratation, de pauses respiratoires ou bien encore chez les tout-petits. « Il est recommandé de garder à l'hôpital les enfants de moins de deux mois. En pratique, ce n'est pas toujours possible, mais nous gardons au moins les enfants de moins de six semaines sous surveillance », note la Pr Gras-Le Guen.
La Haute Autorité de santé a publié en novembre 2019 de nouvelles recommandations sur la prise en charge du premier épisode de bronchiolite aiguë chez le nourrisson de moins de 12 mois. « La kinésithérapie respiratoire ne fait plus partie de la prise en charge de la bronchiolite ordinaire, rappelle la Pr Gras-Le Guen. La kinésithérapie peut néanmoins être parfois utile dans les formes les plus sévères chez des enfants très sécrétants pour les aider à expectorer, mais cela concerne peu de patients. » Quant aux corticoïdes et aux bronchodilatateurs, ils sont réservés aux crises d'asthme, mais pas lors d'un premier épisode de bronchiolite.
« Le traitement consiste uniquement à désencombrer les voies aériennes à l'aide de lavages de nez, en particulier avant les repas », résume la pédiatre. La HAS a mis à la disposition des parents une fiche pratique illustrant la façon de faire. « Il est essentiel de savoir être patient face à une bronchiolite. Les enfants peuvent avoir des symptômes qui durent et continuer de tousser jusqu'à 10 jours, mais ce ne doit pas être source d'inquiétude », ajoute la Pr Gras-Le Guen.
L'importance des gestes barrières
L'année 2020 n'a pas connu d'épidémie de bronchiolite, notamment du fait des restrictions sanitaires et des gestes barrières. De fait, en plus des enfants nés en 2021, ceux nés en 2020 n'ont jamais été exposés au virus non plus, ce qui fait craindre une année particulièrement compliquée.
En revanche, ce qui est rassurant pour la Pr Gras-Le Guen, c'est que ce sont surtout les adultes qui font circuler le virus : « L'épidémie n'a pas eu lieu l'année dernière alors que les enfants n'ont jamais été masqués en crèche et les enfants de plus de six ans n'ont été masqués qu'à partir de fin octobre, justifie-t-elle. Lorsque les adultes respectent les mesures barrières, les enfants ne s'infectent pas. »
Elle appelle donc les adultes à la prudence face à de jeunes enfants et recommande notamment le port du masque au sein du foyer en cas de toux par exemple pour éviter de contaminer les enfants. « On a vu l'année dernière que c'était possible, il faut tirer profit des enseignements de la crise sanitaire », considère-t-elle, invitant aussi à éviter les lieux publics et les réunions de famille avec les enfants de moins de trois mois.
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