L’allergologie est bien une maladie de l’environnement. On le sait depuis les découvertes du médecin anglais Charles Blackley qui en 1876, grâce à un cerf-volant, a réalisé le premier compte de pollens et a mis en évidence que le rhume des foins était la conséquence de l’inhalation de ces particules aériennes contenant des allergènes. En décidant de ne plus rembourser la désensibilisation injectable et de limiter à 15 % le remboursement des Allergènes Préparés Spécifiquement pour un Individu, la HAS s’attaque bien à une maladie de l’environnement qui, à horizon 2030, touchera près d’un français sur 2, allergique car victime de l’air qu’il respire.
Depuis quelques années, on sait que les barrières qui assurent notre protection vis-à-vis de l’extérieur sont insuffisantes chez les personnes allergiques. En effet, les couches de cellules qui séparent l’air extérieur des tissus du nez, des bronches et de la peau sont modifiées par les polluants. Cela conduit à une trop grande perméabilité de cette interface et à un passage plus important des substances chimiques et allergéniques, provoquant une inflammation (sorte de coup de soleil chronique), qui déclenchent de la conjonctivite, de la rhinite et de l’asthme.
Il existe depuis 1911 des Allergènes Préparés Spécifiquement pour un Individu, des traitements utilisés dans le monde entier et adaptés à un sujet donné. Des dizaines d’études ont été réalisées, depuis plus de 60 ans, montrant un effet préventif dans l’apparition de l’asthme pour certains allergènes. Les Français apprécient ces traitements individuels, non chimiques, préventifs, basés sur des données environnementales et une expérience médicales d’un demi-siècle. Ce sont des traitements de deuxième intention prescrits par des médecins formés à l’allergologie.
Or, pour des raisons économiques non démontrées, la HAS a décidé de ne plus rembourser la désensibilisation injectable et de limiter à 15 % le remboursement des Allergènes Préparés Spécifiquement pour un Individu.
Les conséquences de ce déremboursement seront rapidement visibles. L’allergologie, maladie environnementale par excellence, devenue enfin une spécialité dans notre pays depuis 2017, ne pourra pas s’en remettre. Faute de thérapeutique à proposer aux patients, et de moyens diagnostiques (les tests cutanés disparaîtront), les internes se détourneront de cette jeune spécialité. Quant aux patients, ils seront face à une médecine à deux visages : pour 40 % d’entre eux ils n’auront plus accès à la désensibilisation, faute de remboursement. Nous ne pouvons pas l’accepter.
(1) Ancien président de la société française d’aérobiologie, ancien président de la Société française d’allergologie, ancien président du Groupe environmental health à la European respiratory society, membre de la fédération française d’allergologie, chef du pôle de pathologie thoracique, hôpitaux universitaires de Strasbourg ;
(2) Vice-président de la Société française d’allergologie, ancien président du Conseil scientifique de la société française d’allergologie, membre de la fédération française d’allergologie, membre du Collège des enseignants d’allergologie, Chef du service de pneumologie et soins intensifs respiratoires, CHU Dijon-Bourgogne
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