Cela fait maintenant 17 ans que le Dr Cyril Maurer s’est engagé dans l’éducation thérapeutique dans le domaine de l’asthme. « En 2000, j’ai souhaité m’investir dans cette pathologie, avec la volonté d’aller au-delà de la prise en charge standard. Dans la littérature, il y avait quelques articles soulignant l’intérêt de l’écoute des patients et du travail qu’on pouvait faire avec eux pour diminuer leur anxiété et améliorer l’observance », explique le chef du service de pneumologie du centre hospitalier du Raincy-Montfermeil.
Le Dr Maurer a alors suivi une formation à l’éducation thérapeutique avant de monter en 2001 une école de l’asthme dans son hôpital. « Il s’agit d’un projet pluriprofessionnel qui n’a fait que monter en puissance au fil des années. On reçoit deux fois par semaine des groupes de 5 à 6 patients. Chaque groupe participe à deux journées complètes à une semaine d’intervalle. À mes côtés interviennent une infirmière éducatrice, une allergologue, une kinésithérapeute et une psychologue. L’objectif de cette éducation thérapeutique est de rendre le patient acteur de sa prise en charge en l’aidant à développer des compétences sécuritaires et spécifiques. Les compétences sécuritaires visent à permettre au patient de mieux connaître la maladie, d’évaluer sa gravité, de savoir comment réagir dans certaines situations de crise, de bien connaître son traitement et les enjeux de l’observance », indique le Dr Maurer en insistant aussi sur l’intérêt de délivrer aussi des compétences spécifiques et adaptées à la situation du patient.
« On privilégie une démarche personnalisée en tenant compte de certaines caractéristiques des patients. Certains, par exemple, ont une forte anxiété. C’est un facteur qu’il faut gérer car cela peut avoir un effet important sur le contrôle de l’asthme. D’autres patients présentent des problèmes environnementaux, ORL, d’obésité ou de dépendance au tabac que, là aussi, nous essayons de gérer. À cette fin, nous avons développé une éducation spécifique pour les personnes qui ont un asthme difficile : il s’agit du stade qui vient juste avant l’asthme sévère. Dans ce cas, la maladie est mal contrôlée en général à cause de ces facteurs aggravants ou en raison d’un problème d’observance thérapeutique », indique le Dr Maurer. Les résultats sont au rendez-vous avec, sur plus de 400 patients, une réduction de 70 % des exacerbations dans l’année qui suit l’école de l’asthme, un meilleur contrôle de la maladie et une amélioration de la qualité de vie.
Il y a trois ans, le Dr Maurer et son équipe ont mené une évaluation des compétences sécuritaires avant toute éducation chez 280 patients venus spontanément à l’école de l’asthme. « On s’est rendu compte que les besoins étaient importants. Par exemple, seulement la moitié de ces patients savait utiliser correctement leur dispositif inhalé. Et moins d’un patient sur deux savait qu’il fallait appeler le Samu en cas de crise grave », indique le Dr Maurer, en ajoutant que l’éducation thérapeutique a toute sa place y compris à une époque où les patients peuvent avoir accès à beaucoup d’informations en particulier sur internet. « L’éducation thérapeutique, ce n’est pas seulement donner de l’information ou un conseil. L’objectif est de mettre le patient dans une attitude réflexive, à le conduire à se poser un certain nombre de questions sur ce qu’il fait, sur la manière dont il gère sa maladie. C’est en étant acteur de sa pathologie qu’on acquiert des connaissances durables ».
Cette approche peut être utilisée au-delà de l’asthme. « Dans notre hôpital, nous avons développé un programme de réhabilitation respiratoire, qui combine du réentraînement à l’effort et de l’éducation thérapeutique pour les patients atteints de BPCO au stade de handicap respiratoire et nous mettons en place un projet d’éducation thérapeutique dans le syndrome de l’apnée du sommeil », indique le Dr Maurer.
D’après un entretien avec le Dr Cyril Maurer, chef du service de pneumologie du centre hospitalier du Raincy-Montfermeil
CCAM technique : des trous dans la raquette des revalorisations
Dr Patrick Gasser (Avenir Spé) : « Mon but n’est pas de m’opposer à mes collègues médecins généralistes »
Congrès de la SNFMI 2024 : la médecine interne à la loupe
La nouvelle convention médicale publiée au Journal officiel, le G à 30 euros le 22 décembre 2024