Quel est le devenir des bébés dont les mères ont pris un traitement antipsychotique pendant la grossesse ? Selon une cohorte danoise de plus de 667 000 écoliers, les performances scolaires des enfants exposés in utero seraient comparables à celles de leurs pairs.
Ce constat publié dans le « Jama Internal Medicine » va dans le sens des données globalement rassurantes sur le neurodéveloppement après prescription d'antipsychotiques chez les femmes enceintes. L'intérêt de cette nouvelle étude, font valoir les auteurs, est d'être la première portant spécifiquement sur les tests scolaires. La grande majorité des publications concernaient jusque-là des enfants de cinq ans ou moins (possibles retards et déficits transitoires) et seuls quelques récents travaux chez les plus grands ne montraient pas ou peu de risques de troubles du neurodéveloppement à long terme.
Pour cette analyse, les chercheurs se sont basés sur les tests scolaires réalisés entre 2010 et 2018 dans le cadre du programme national. L'étude a inclus 667 517 enfants nés au Danemark entre janvier 1997 et décembre 2009, inscrits à l'école primaire ou au collège. Tous avaient réalisé au moins un test de langage ou de mathématiques. Les prescriptions d'antipsychotiques des femmes enceintes étaient issues du registre national danois.
Résultats ajustés
Sur l'ensemble de la cohorte (51,2 % de garçons), 1 442 enfants (0,2 %) étaient de mères ayant pris des antipsychotiques pendant la grossesse. Lors du test, les enfants étaient âgés en moyenne de 8,9 ans en primaire et de 14,8 ans pour le secondaire. La prescription médicamenteuse maternelle n'était pas significativement associée aux performances pour le langage (score moyen brut de 50,0 [IC 95 %, 49,1-50,9] versus 55,4 [IC 95 %, 55,4-55,5] chez les non-exposés ; différence après ajustement de 0,5 [IC 95 %, -0,8 à 1,7]) ni à celles pour les mathématiques (score moyen de 48,1 [IC 95 %, 47,0-49,3] versus 56,1 [IC 95 %, 56,1-56,2] ; différence après ajustement de 0,4 [95 % IC, -1,0 à 1,8]).
L'ajustement a pris en compte plusieurs facteurs confondants : caractéristiques maternelles (âge, primiparité, tabagisme, statut marital, année de l'accouchement, niveau d'études, antécédents psychiatriques, automutilations, prise d'anticonvulsivants, d'anxiolytiques, de lithium ou d'antidépresseurs pendant la grossesse), mais aussi pays d'origine parental, antécédents psychiatriques et automutilations du père avant et après l'accouchement.
Les auteurs soulignent que les scores bruts ont malgré tout tendance à être plus faibles parmi les enfants exposés, suggérant d'être attentif à leur apporter un soutien précoce.
L'étude n'a pas mis en évidence de différence entre les antipsychotiques de première et de deuxième générations, ni selon la durée de prescription ni entre les molécules les plus prescrites (chlorprothixène, flupentixol, olanzapine, zuclopenthixol, quétiapine, perphénazine, méthotriméprazine).
Une décision complexe
« La schizophrénie et les troubles bipolaires, les deux principales indications à un traitement antipsychotique, s'ils sont non traités ou sous-traités, peuvent avoir des implications substantielles sur le bien-être à la fois de la mère et de l'enfant, et dans des cas rares mais tragiques au plus haut point, conduire au suicide ou à l'infanticide », rappellent les auteurs. La décision de poursuivre le traitement pendant la grossesse est « une décision complexe qui devrait mettre en balance les conséquences pour la santé à la fois de la mère et de l'enfant ».
En France, le Centre de référence sur les agents tératogènes (Crat) ne dit pas autre chose, recommandant de réévaluer le bien-fondé du traitement en préconceptionnel et de « prendre en compte les conséquences d’une abstention thérapeutique inappropriée en cours de grossesse ». « La pathologie maternelle non traitée par un antipsychotique, alors qu’elle le devrait, peut avoir un impact négatif propre sur le déroulement de la grossesse (prématurité, petit poids de naissance…) et sur le neurodéveloppement du futur enfant », est-il rappelé.
Si le traitement est justifié, il est préconisé de « limiter autant que possible les associations de psychotropes et choisir de préférence un seul médicament par classe (un seul neuroleptique et/ou un seul antidépresseur et/ou un seul anxiolytique…) ». Et s'il faut utiliser les posologies minimum efficaces nécessaires, le Crat souligne qu'il ne faut « pas hésiter à augmenter les posologies si l’efficacité du traitement diminue en cours de grossesse (modifications pharmacocinétiques) ».
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