Un pas supplémentaire a été franchi dans la compréhension des liens entre troubles psychiatriques et perturbations du système immuno-inflammatoire. Depuis l’émergence, il y a une vingtaine d’années de cette hypothèse, les chercheurs s’attachent à identifier la meilleure signature de l’inflammation dans la dépression, dans la schizophrénie ou dans le trouble bipolaire.
Au sein de l’étude MoodStratification, financée dans le cadre des programmes européens Horizon2020, la collaboration de douze équipes issues de sept pays (Pays Bas, Belgique, Allemagne, France, Italie, Danemark et Israël) a permis de cibler les anomalies immunitaires contribuant au développement des troubles de l’humeur sévères.
Identification de signatures immunitaires
En se concentrant sur les altérations des cellules immunitaires et notamment les lymphocytes T régulateurs et les lymphocytes Th17, les chercheurs sont parvenus à définir des sous-groupes de patients atteints de dépression unipolaire ou bipolaire. Des signatures immunitaires ont également été identifiées chez les patients atteints de trouble dépressif majeur (TDM) ou de dépression bipolaire.
Ces découvertes devraient faciliter le diagnostic via la recherche de biomarqueurs spécifiques. Actuellement, un décalage de 10 ans en moyenne est observé entre un premier épisode bipolaire et l’instauration d’un traitement adapté, en raison de la difficulté, après un premier épisode dépressif, de poser un diagnostic de trouble bipolaire ou de trouble dépressif majeur.
Vers une psychiatrie de précision
Dans son volet sur les traitements, l’étude MoodStratification ouvre aussi des perspectives thérapeutiques. Les équipes françaises du département de psychiatrie (Pr Marion Leboyer, Dr Ryad Tamouza) et le centre d’investigation clinique (Pr Philippe Le Corvoisier) de l’hôpital Henri-Mondor à Créteil, et le laboratoire d’immunologie « Biothérapies » de l’hôpital Pitié-Salpêtrière (Pr David Klatzmann) en collaboration avec la société de biotechnologie Iltoo, ont mené un essai thérapeutique dans la dépression bipolaire.
Ils ont pu valider le bénéfice de faibles doses de la cytokine interleukine 2 (IL-2) administrée en même temps que le traitement antidépresseur usuel. Cette approche « a permis d’augmenter le nombre d'un sous-groupe bénéfique de cellules immunitaires (les lymphocytes T régulateurs) et de réduire les symptômes dépressifs », explique un communiqué de la Fondation FondaMental, partie prenante de l’étude MoodStratification.
D’autres équipes ont testé l’effet d'une hormone du thymus sur cinq patients dépressifs. Les chercheurs ont ainsi pu ralentir le vieillissement précoce des lymphocytes T et améliorer les symptômes dépressifs.
En ouvrant des perspectives vers une psychiatrie de précision, ces résultats sont un « tournant », estime la Pr Leboyer, directrice générale de FondaMental. Mais, « pour que ces découvertes atteignent leur plein potentiel, il est nécessaire de sensibiliser à tous les niveaux, des patients aux médecins en passant par les décideurs politiques, à l'importance de l'immuno-psychiatrie, et de fournir les fonds nécessaires pour soutenir la recherche, la formation et les essais cliniques futurs », plaide-t-elle.
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